Le travail avance sur la préparation de la loi climat. Y-a-t-il un chemin entre les écologistes pour qui rien ne va jamais dans le bon sens et les milieux économiques pour qui tout va toujours trop loin ? Faisons un rêve : que les 150 citoyens apprennent eux aussi l'art du compromis.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Bertrand GUAY

Les discussions très concrètes ont commencé hier sur la future "loi Climat". Des discussions par thème, entre des ministres, des députés et certains des 150 Français de la convention citoyenne sur le climat.

L’accouchement, dit-on, est difficile et une pétition lancée par Cyril Dion (qui était ici la semaine dernière) met en demeure Emmanuel Macron d’appliquer 146 des 149 propositions des citoyens. Le président de la République s’est en réalité mis lui-même dans un piège et il est difficile d’en sortir. 

Attention : le piège n’est pas d’avoir demandé à 150 Français de travailler sur le sujet - c’était et cela reste une bonne idée, contrairement à ce que pensent les milieux économiques - ; le piège, c’est d’avoir dit en juillet qu’il reprendra presque tout sans filtre et tel quel – et pourquoi l'a-t-il dit ? Pour recueillir des applaudissements sur le moment. 

En fait, il y a, et c’est normal, un passage à faire entre l’écologie citoyenne / politique (comme vous voulez) et l’écologie gestionnaire. Le mot "gestion" n’est pas un gros mot, c’est la vie. 

Trois exemples :

  • 1 : supprimer les passoires thermiques

C’est bien, imposer aux bailleurs de rénover les logements mis en location avec blocage des loyers tant que ça n’est pas fait, pourquoi pas ; mais forcer les propriétaires occupants à faire des travaux, c’est une autre paire de manche même avec des aides – on l’a vu avec les Gilets Jaunes. 

  • 2 : les voitures

Interdire de vendre des voitures thermiques neuves dès 2030, c’est un slogan qui claque bien ; mais c’est le détail qui compte : et les hybrides ? Et l’emploi chez Renault et PSA ? Et les batteries ? 

Boris Johnson vient d’annoncer 2030, mais il n’y a pas de constructeur auto britannique. 

  • 3 : la publicité

L’interdire pour ce qui pollue a l’air simple ; mais dans la pratique, c’est le revenu des médias – des milliards et des milliards d’euros. 

Que voulez-vous dire ? 

Que tout va se focaliser -et de façon ridicule- sur le nombre de propositions reprises, avec peu d’attention sur leur contenu concret. Quoi qu’il se passe, les écologistes diront : ce n’est rien, ce n’est pas assez ; les milieux économiques diront : ce n’est pas faisable, cela va nous tuer. 

Du coup, l’immense responsabilité est peut-être entre les mains des 150 citoyens qui devraient eux aussi accepter des compromis pour agir en liberté et en responsabilité et pas seulement en incantation. Pour ne pas être piégés par les plus radicaux. 

Est-ce possible ? On ne sait pas. 

Un accouchement difficile ? Le bébé est entre leurs mains.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter