Après les turbulences financières de la semaine dernière, sur les dettes des Etats, quel scénario pour cette semaine, Dominique ?La vérité est que la situation est extraordinairement ouverte et qu’il y a ce matin un peu partout en Europe je ne sais pas si on peut parler d’angoisse - , en tous cas du stress. Le rendez-vous est historique parce que c’est la première fois que les marchés financiers doutent de la solidité de la zone euro. La question est de savoir si un certain nombre de pays, la Grèce, peut-être le Portugal, l’Espagne, demain d’autres, vont pouvoir continuer à trouver de l’argent pour se financer sur les marchés et à quel prix. Dans les attaques, il y a bien sûr le rôle de fonds spéculatifs qui « jouent » le défaut de paiement. Mais il y a aussi des inquiétudes réelles de fonds de pension, d’investisseurs, de banques, bref à travers eux des épargnants de partout, sur la capacité de ces pays à redresser leurs comptes. Pour l’Europe, qui a déjà le plus souffert pendant la crise, le test est majeur. Alors, quelles hypothèses de scénario pour cette semaine ?Scénario numéro un : les marchés se calment, se lassent et estiment, après avoir regardé de plus près la situation, que parler de faillite c’est aller trop loin, soit qu’au pire l’Europe jouera la solidarité – cas de la Grèce. C’est l’hypothèse optimiste, c’est le « ouf » de soulagement. Scénario numéro deux. Les marchés ne croient pas aux promesses faites, ils se disent avec raison – que la Grèce ne divisera pas son déficit public par quatre en trois ans. Que les Espagnols, avec 4 millions de chômeurs, ne vont pas faire de la « rigueur ». Et les marchés voudront vérifier que la solidarité jouera bien, y compris pour l’Italie, peut-être la Belgique, tous les pays endettés. A ce moment, la crise deviendra systémique. On peut dénoncer, pousser des cris, nous sommes à ce carrefour là parce qu’il faut bien de l’épargne pour financer les dettes. Que peut faire l’Europe ? Garder son calme, clarifier sa position. Ses dirigeants ont déjà commencé ce week-end. Ils ont déjà répondu oui à la première question : serons-nous solidaires ? Cela ne va en réalité pas de soi : on peut penser aussi que ce n’est pas aux contribuables allemands, français, de payer si c’était nécessaire pour la Grèce. Cela pourrait être le rôle du FMI, le Fonds monétaire international. Par fierté, pour une question de souveraineté, les Européens disent on s’en occupe. Mais c’est très risqué. Parce que les traités européens n’ont rien prévu du tout, pas de méthode, pas d’argent. Alors, pour l’instant, les dirigeants flottent, hésitent entre deux lignes contradictoires. Ils se disent qu’affirmer fort leur soutien, c’est bien pour les marchés, mais c’est vraiment encourager le gouvernement grec notamment à s’en laver les mains, à attendre la bouée de secours. La vraie clarification viendra au sommet de Bruxelles convoqué ce jeudi. Tout ça, c’est un aveu d’échec, alors ?… de l’euro, non ? Mais cela confirme 1 – que Jean-Claude Trichet, le patron de la BCE, va avoir une nouvelle occasion, après la crise, de montrer ses talents. 2 - qu’une zone monétaire n’est pas seulement une construction économique, elle aurait dû être politique aussi. 3 – que tous ceux qui ricanent depuis quinze ans dès qu’on leur parle du mur de la dette avaient bien tort

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.