Par Jean-Marc Vittori Le commerce extérieur de la France a dégagé un déficit de plus de 50 milliards d’euros l’an dernier. Est-ce que c’est grave ?

Le chiffre définitif sera connu dans un peu plus d’une heure. Ca tournerait autour de -51 milliards, après -44 milliards en 2009. C’est le deuxième plus mauvais chiffre jamais observé après le trou de 56 milliards observé en 2008. Il est évidemment possible de l’analyser de plusieurs manières. Côté gouvernement, on fait remarquer que la dégradation de 2010 est venue uniquement de la hausse des prix pétroliers, qui a plombé une facture pétrolière proche de 50 milliards. Et c’est vrai. On peut ajouter que sans pétrole, nos échanges de marchandises seraient à peu près équilibrés, mais on ne pourrait plus bouger sauf à tous avoir des voitures électriques, ce qui risque de prendre un bout de temps. On peut aussi remarquer que les exportations ont progressé plus vite que les importations l’an dernier, les échanges ont donc tiré la croissance pour la première fois en une décennie. C’est aussi vrai. Mais le déficit révèle une mauvaise compétitivité de la France. Ca, c’est également vrai, mais c’est une mauvaise nouvelle.

Quelle est la conséquence de cette mauvaise compétitivité ? C'est simple: les industriels ont du mal à vendre leurs produits à l’étranger. Alors bien sûr, la France a vendu pour près de 400 milliards d’euros de marchandises l’an dernier, elle vend beaucoup d’avions, de médicaments et de voitures –c’est son tiercé gagnant. Mais elle importe encore plus. Or c’est un facteur de faiblesse et de chômage. Dans les années 2000, des pays comme les Etats-Unis ont pu combiner pendant longtemps un gros déficit commercial et une croissance forte. Mais au prix d’énormes déséquilibres qui ont contribué à la crise financière. Les champions d’aujourd’hui sont beaucoup plus sains. Et il s’agit de pays excédentaires, comme la Chine ou l’Allemagne, qui a exporté l’an dernier pour près de 1.000 milliards d’euros de marchandises, soit deux fois et demi les exportations françaises.

Est-ce la faute au coût salarial trop élevé en France ? Ca, c’est un sujet très débattu en ce moment. Le salarié français gagne moins qu’un salarié allemand. Mais une fois qu’on a rajouté toutes les charges sociales, le coût total pour l’employeur est désormais aussi élevé en France, voire même plus élevé, ce qui n’était pas du tout le cas il y a dix ans. Mais le salaire n’est qu’une partie de la compétitivité d’un pays. Il y a aussi notamment la capacité à s’imposer sur les marchés les plus dynamiques, la puissance innovatrice, le nombre d’entreprises qui exportent. Et sur tous ces points, la France est plutôt en retard sur les meilleurs.

Est-ce que ça va s’arranger ? J’espère bien, mais pas tout de suite. Le gouvernement prend des mesures fait des efforts pour soutenir les PME, les entreprises dépensent plus pour la recherche. Tout ça va dans le bon sens. Mais pour réussir, il faudra davantage : un effort collectif, une sorte de pacte national. Ca paraît relever aujourd’hui de l’utopie. Mais la France a réussi cet effort à plusieurs reprises dans son histoire, dans les années 1960, puis dans les années 1980. Ce que nous avons fait, nous pouvons le refaire.

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