Dans la crise des éleveurs, Manuel Valls va recevoir aujourd'hui la grande distribution. Peut-il en sortir quelque chose ?

Oui, des engagements, des paroles apaisantes et on parle d'un fond de cent millions d'euros abondé entre guillemets volontairement par les distributeurs. Mais ce matin, on veut changer de point de vue pour mesurer l'importance qu'une société dans son ensemble et d'abord nous les consommateurs, nous accordons aux biens alimentaires. Car si se nourrir est bien sûr vital, financièrement, c'est devenu marginal. Un chiffre. Le prix du litre de lait acheté aux éleveurs : 27 centimes ; c'est moins que le prix d'une seule cigarette. Vous direz que la comparaison est idiote: d'un côté on regarde le prix du litre à la sortie de l'étable, de l'autre la cigarette hypertaxée chez le buraliste. Au supermarché, au bout de la chaîne, le litre de lait tourne autour de 90 centimes – soit deux cigarettes et demi. Les fumeurs diront aussi que le plaisir procuré par le tabac n'a pas de prix. Comme je ne fume pas, je ne peux pas le dire. Mais en fait la comparaison n'est pas si idiote que cela : nous les consommateurs, nous donnons très peu de valeur symbolique au lait et au métier du producteur : encore une fois, une cigarette.

C'est toute la consommation alimentaire qui a reculé dans nos budgets.

Dans les années 1960, l'alimentation représentait 35 % des budgets des ménages ; aujourd'hui, c'est moins de 20 %. La consommation de viande, de fruits et légumes et pain et céréales reculent régulièrement ; tandis que la part des plats préparés, des produits sucrés et des boissons non alcoolisés n'arrête pas de grimper. La difficulté des agriculteurs, c'est aussi cela – avec un problème de rapport de forces. Il y a en France 200.000 éleveurs, certes des coopératives, mais seulement quatre grandes marques de distributeurs.

Fermer les frontières pour privilégier le lait français ne faciliterait pas les choses ?

L'offre et de la demande jouent au niveau mondial, parfois les Français sont gagnants, parfois perdants. Les producteurs subissent la concurrence des allemands et des néo-zélandais mais ils exportent beaucoup de poudre de lait en Chine. Ce qui rend les régulations difficiles.

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