Le prochain ministre allemand des Finances sera social-démocrate. Qu’est-ce que cela change ?

A la fois beaucoup de choses et pas tant que ça. Plus que le pensent les Allemands mais moins que l’espèrent les Français. Alors, expliquons-nous. Le futur ministre des Finances s’appelle Olaf Scholz, et c’est la personnalité que le SPD a choisie pour ce poste dans le cadre de l’accord de coalition avec Angela Merkel

C’est un vrai tournant parce que les Finances étaient aux mains du conservateur Wolfgang Schäuble depuis presque dix ans. Schäuble était très apprécié des Allemands mais malgré sa francophilie, il a constamment appuyé sur le frein de la construction politique de la zone euro -sans parler de la Grèce où là, il rêvait d'appuyer sur le bouton siège éjectable. 

En économie, le SPD pilotera des évolutions importantes qui plaisent à la France de Macron. 

- Pour la 1ère fois, la zone euro est mise en avant politiquement alors que l’Allemagne ne jure depuis toujours que par l’Union à 27 pour préserver ses relations avec les pays de l’Est ;

- des investissements de la zone euro sont évoqués dans l’accord, cela veut dire un Fonds monétaire européen, un FME. 

- Scholz défendra aussi des investissements en Allemagne dans la formation, la recherche, le Digital. 

- Sur la taxation des Gafa, Google, Facebook, Amazon, il y aura du grain à moudre au niveau européen. 

Bref, c’est une équipe plus europhile. Tant mieux.

Mais attention aux illusions, dites-vous !

Un rappel d’abord : le dernier ministre des Finances SPD, Peer Steinbrück, jusqu'en 2009, est aussi le promoteur de la règle d’or budgétaire, l’équilibre des finances publiques inscrit dans les Constitutions. Pas très gauche française .... Cela veut dire qu’un ministre des Finances est allemand avant d’être SPD. Scholz a aussi soutenu les réformes du chancelier Schröder....

Autre exemple : avec Scholz, il n’y aura pas de relance par le déficit et l’accord de la grande coalition, la GroKo, n'envisge pas de grands projets d'infrastructures, comprenez qu’il n’y aura pas de commandes pour les entreprises françaises de BTP. 

Enfin et surtout, le sujet prioritaire en Allemagne, c’est un peu le social et beaucoup les migrants, pas l’économie -qui va bien merci pour elle. 

Au total, la lutte contre l’extrême-droite ne passera pas forcément par la case Europe.

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