Le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu devait être la grande réforme technique à risque de ce début d'année. Deux ministre, des fonctionnaires de qualité et des Français sereins ont permis d'éviter le Grand bazar.

On entend souvent dans l’opinion un reproche adressé aux médias : vous ne parlez que des trains qui déraillent. C’est assez exact. C’est la raison pour laquelle on peut saluer une réforme qui avait fait craindre le pire et qui jusqu'à maintenant ne s’est pas crashée. Ce 8 février au matin, on peut dire que le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu fonctionne, en tous cas techniquement. 

Savoir si c’est une bonne idée est une autre affaire -j’ai toujours été plutôt été agnostique sur le sujet, et à vrai dire pas passionné-, mais techniquement çà marche. Pas de grand bazar, pas de grande pagaille. Le prélèvement à la source n’était pas le cinquième cavalier de l’Apocalypse à côté de la Mort, la Famine, la Guerre et la Conquête, s’amuse le député Joël Giraud sur son blog

Pourtant, Laurent Wauquiez avait pronostiqué une réforme qui va dans le mur, Jean-Luc Mélenchon avait dénoncé le retour de l’Inquisition et Marine Le Pen avait annoncé que le gouvernement (je la cite) plastiquait l’édifice fiscal -rien que çà. Emmanuel Macron lui-même avait eu un doute fin août, vous vous souvenez que la France n’a parlé que de cela pendant une semaine – cela paraît très loin. 

Eh bien, un sondage Elabe pour Les Echos montre que trois Français sur quatre sont aujourd’hui, après la réforme, favorables à l’impôt à la source, six points de plus qu’en décembre, avant la réforme. C’est même un peu plus chez ceux qui paient cet impôt, qui sont quand même les plus concernés. 

Alors, il y a un petit bémol, un Français sur cinq s’inquiète des effets sur le pouvoir d’achat, et on verra avec la consommation ce qu’il en est. Mais le ministre du Budget, Gérald Darmanin, a réussi son coup, après son prédécesseur Christian Eckert, et surtout disons-le, saluons-les, les dizaines de milliers de fonctionnaires de Bercy, informaticiens, conseillers, agents, ont fait le job. Sans oublier les experts-comptables et responsables des RH dans les entreprises .... Tandis que les dizaines de millions de contribuables sont restés sereins. 

Cela arrive-t-il souvent, cet écart entre les craintes et la réalité ? 

Ce qui est courant, c’est que tous ceux qui ont hurlé au loup à tort n’avalent pas leur chapeau et disent : ah bon bravo. Mais bon, rien de nouveau sous le soleil. Mais oui, au moment du passage à l’an 2000, de l’arrivée de l’euro, de la protection des données personnelles sur Internet, le RGPD, à chaque fois, on a sorti les sirènes hurlantes, les bandeaux ALERTE, RISQUE MAJEUR, sur les chaînes d’infos, et cela s’est bien passé. 

Il y a des contre-exemples, le RSI, le régime social des indépendants, ou le logiciel de paie des militaires. Mais enfin, nous avons collectivement quand même un haut niveau de savoir-faire et on aimerait que cette intelligence et cette sérénité collectives s’exercent sur des réformes plus fondamentales.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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