L'ancien président de la Banque centrale européenne apparaît, aux yeux de toute la classe politique italienne, comme le mieux placé pour faire bon usage des 200 milliards d'euros qui vont venir des fonds européens.

L'économiste et haut-fonctionnaire italien Mario Draghi s’est rapproché ce week-end du poste de Président du conseil italien. Ici le 3 février 2021
L'économiste et haut-fonctionnaire italien Mario Draghi s’est rapproché ce week-end du poste de Président du conseil italien. Ici le 3 février 2021 © Getty / Mario Draghi s’est rapproché ce week-end du poste de Président du conseil italie

Mario Draghi s’est rapproché ce week-end du poste de Président du conseil italien

L'ancien directeur du Trésor italien, ancien gouverneur de la Banque centrale d’Italie, prédécesseur de Christine Lagarde à la Banque centrale européenne, (Mario Draghi) a de bonnes chances de diriger l’Italie dans quelques jours.

Cela n’est pas encore fait, cela peut encore capoter, il peut se mettre les pieds dans le tapis, mais effectivement Mario Draghi a de bonnes chances de diriger l’Italie dans quelques jours. 

Il a le soutien de la quasi-totalité des partis, y compris les deux partis dits antisystèmes, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue. 

Cela peut paraître étrange dans la mesure où Draghi appartient de toute évidence à ce qu’ils appellent le « système », mais on peut avancer deux explications. 

La première est que toute la classe politique et économique italienne est unie pour donner une mission à Mario Draghi : obtenir et savoir quoi faire des 200 milliards d’euros qui arriveront de Bruxelles sous formes de prêts et de subventions – 200 milliards, c’est beaucoup plus que la France. Pour l’instant, Rome n’arrive pas à construire ce plan de relance. 

La seconde raison du succès (probable) de Draghi est qu’il y a une lassitude extrême devant la situation économique italienne, non seulement pendant la crise sanitaire, mais en réalité depuis vingt ans

Il faut prendre du recul pour mesurer ce que vivent les Italiens

Avant même le virus, la richesse produite par habitant était en 2019 moins élevée qu’en 2000, c’est un cas unique -c’est tellement unique que l’on mettra les données précises sur le site de France Inter. Pour donner une idée, le PIB par habitant a progressé de 13% en France sur les vingt dernières années et de 24% en Allemagne. 

En fait, l’euro a réussi à l’industrie de l’Italie du Nord, mais pas au Sud, il faut y ajouter une panne de productivité, une bureaucratie lourde... 

Et ce n’est pas tout …

… Et aussi une natalité tellement faible que le pays perd 100 à 175.000 habitants par an. Le nombre de nouveaux nés, depuis dix ans, est en chute libre : c’est un hiver démographique, le pays est repassé sous la barre des 60 millions d’habitants.

Bref, les difficultés de l’Italie sont profondes et dépassent le cliché que nous avons en France sur l’instabilité gouvernementale. A ce propos, savez-vous que Mario Draghi sera le 10ème premier ministre depuis 2000, mais que Jean Castex est le 9ème depuis la même date ? Vous le voyez, les réputations ont la vie dure ! 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter