Sept ans de régal, à l’écouter, à dialoguer avec lui, à être son complice. A être en désaccord -parfois, souvent, pas toujours-, mais bien sûr, pas son adversaire. Bernard est pour moi bien plus qu’un confrère, c’est un compère. Depuis hier, je ne peux pas y croire. Bernard et sa tête d’épagneul triste quand le monde le désespère, Bernard et ses bras qu’il jette un peu partout d’enthousiasme quand un ami surgit ou une idée le séduit. Ce matin, je suis le porte-voix de tous ceux qui ont pour lui de l’affection et de l’estime. Ce matin, je pense bien sûr à sa famille et à tous ses proches, à Paris, Toulouse et ailleurs. Ce matin, je pense à la foule de tous ses auditeurs qui l’écoutent depuis de longues années, un temps en semaine tôt le matin, longtemps le samedi matin dans « on n’arrête pas l’éco » puis, donc, le vendredi matin. Si j’en juge par le nombre de mails reçus ici depuis hier, de tweets, de messages, de SMS adressés à la rédaction de France Inter, cette foule est vraiment très nombreuse.

Ce matin, je pense à la rédaction de France Inter, où Bernard est une sorte de vedette. Peut-on dire qu’il arrive toujours au dernier moment dans le studio le vendredi parce qu’il embrasse ou salue vraiment beaucoup de monde ? Ce matin, je pense à tous qui l’entendent à l’occasion de conférences dans toute la France, sur l’économie, mais également sur la littérature ou son cher Maurice Genevoix, son ex beau-père.Bernard Maris, c’est d’abord une voix -évidemment. Avec l’humour, beaucoup d’humour, un sens de la formule à rendre jaloux un journaliste, et des convictions. Ah, ces cris du cœur, sérieux, argumentés, et aussi parfois (disons-le) loufoque –pour notre plaisir ! Antimondialisation, anti-Allemagne, anti-bagnole (bien sûr), anti-croissance (de moins en moins vrai) ; mais pro-écologie, pro-économie du partage des biens et du travail, pro-justice, pro-fondément humain surtout. C’est un frondeur doux et tolérant, tué par des Obscurantistes au pays des Lumières. A la radio aussi, le roi des fausses colères.

Bernard Maris, c’est aussi une plume. Un livre par an, dont les titres sont appétissants. Le manuel de l’anti-économie, Oh oh Marx, pourquoi m’as-tu abandonné, Houlellebecq économiste. La clé de ce dernier livre, il la confie en confidence : l’économie commence sacrément à l’ennuyer. Bernard Maris, enfin, ce sont des mains. Des mains amicales, des mains chaleureuses, des mains généreuses. Des mains qui tournent les pages de livres qui nourrissent son érudition et lui permettent de marier Keynes et Freud.Nous n’avons pas tous les mêmes convictions, mais nous sommes une immense majorité à avoir des valeurs communes. Des abrutis barbares ont voulu anéantir cet esprit libre. Nous ne les laisserons pas gagner.

►►► POUR ALLER + LOIN | Le portrait de Bernard Maris

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