L’édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ___Le Pape Benoît XVI a publié hier une encyclique économique et sociale juste avant le G8 qui se réunit aujourd’hui en Italie. Cela tombe bien. Alors, ce n’est pas exactement un texte sur la crise, mais sa publication, prévue en 2007, a été retardée pour tenir compte de la crise. Il faut savoir que les papes ne « sortent » une encyclique sociale que rarement. Il y en a eu une très célèbre, Rerum novarum, en 1891, en pleine révolution industrielle, une autre en 1931 deux ans après la crise de 1929, une autre en 1967, après les décolonisations et enfin en 1991 après la chute du communisme. Pourquoi parler de ce texte de 2009 ? Parce que si les idées de l’Eglise catholique sur les questions de sexualité sont très connues – et très discutées -, on ignore qu’elle a un discours assez décapant sur l’économie. C’est probablement elle qui a un des discours, au niveau planétaire, les plus critiques, les plus méfiants, sur une certaine forme de libéralisme. Il y a vingt ans, une polémique était même née parce que Jean-Paul II avait mis à égalité l’ultralibéralisme et le communisme. Ce qui est sûr, c’est que l’Eglise avait averti des risques des déséquilibres financiers. Que dit ce texte de nouveau ? Le message n’est pas révolutionnaire : c’est, l’homme est le premier capital à sauvegarder et à valoriser. Mais le message est quand même clair : sont montrées du doigt la spéculation, la gestion à court terme des entreprises, la corruption dans certains pays, les délocalisations ou le pillage des ressources naturelles. Cela dit, Benoît XVI ne condamne pas l’économie de marché ou la mondialisation, auxquelles il reconnaît des vertus. Il ne défend pas du tout non plus l’idée de décroissance ou de croissance zéro, ce serait contraire au progrès technique. Mais il pousse tout ce qui ressemble à des contre-pouvoirs, les Etats, les syndicats, les associations de consommateurs. Au total, c’est un appel à l’éthique individuelle, collective, et à des nouvelles régulations. Il y a des similitudes avec les débats du G8. L’objectif de ce texte n’est pas seulement de s’adresser aux milliards de catholiques. Ce n’est pas non plus de faire un catalogue de bonnes intentions gentillettes. Cet appel à l’éthique, aux normes, arrive au moment où les dirigeants politiques se retrouvent en Italie, ce soir, pour évoquer les promesses de réforme qu’ils ont faites au G20 de Londres. Et là, le pape va tout à fait dans le sens des pays émergents, qui ne veulent plus entendre parler du G8, le club des pays riches, ils veulent s’asseoir à leur table de discussion. En fait, le pape va même plus loin puisqu’il voudrait encore élargir la table pour que les pays les plus pauvres aient la parole. Sa proposition : une Autorité politique et économique mondiale autour de l’ONU. Là, c’est une chimère. En France, quel écho auront ces propositions économiques ? Peu. D’abord parce qu'on ne parle de ce que dit le Vatican que quand il fait scandale. Ensuite, autant ces idées économiques critiques étaient regardées bizarrement il y a cinq ans, autant elles font consensus aujourd’hui. Enfin, dans les milieux d’affaires, il n’y a pas vraiment de lobby, de réseau des catholiques, ils préfèrent la discrétion à la démonstration.

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