Ce week-end, vous avez participé aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence.

C'est le traditionnel rendez-vous du début de l'été entre économistes français et étrangers, chefs d'entreprise, responsables politiques - cette année, Christine Lagarde, du FMI, Pierre Moscovici, pour Bercy, et des ministres italiens, espagnols, etc. Conférences, table-rondes, mais aussi un peu de musique, Aix a été occupé pendant 48 heures par la gente économique. Impossible de tout résumer mais si on le voulait vraiment, on dirait qu’à Aix 2013, le moral collectif était dans les chaussettes, qu'il y a eu peu d’idées neuves sorties de tous ces brillants cerveaux et que le gouvernement a pris des coups à l'estomac.

Vous retenez quelques images ou tendances fortes.

La première concerne l'automobile. Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, l'a dit : il ne faut pas compter sur une reprise du marché auto (je le cite) avant plusieurs années, 2015 ou 2016 au mieux. Et encore. Sinon, il a lâché une boutade intéressante : la plupart des gens achètent des voitures dont ils n'ont absolument pas besoin. Ah bon ? Il parlait sans doute de ceux qui s'équipent en 4X4 dans Paris –là on le suit- mais plus sérieusement, il a expliqué que ce qui sauve l'automobile justement, c'est que son achat a une valeur émotionnelle que n'ont pas la plupart des autres produits, qui sont utilitaires. Bref, pour lui, acheter une voiture se situe entre l'achat d'un chien (ce qui compte, c'est le coup de cœur, pas sa taille ou sa couleur) et l'achat d'un téléphone ou d’une machine à laver, dont seules les performances importent. On peut être patron et avoir le sens de la formule !

Deuxième image : le blues des économistes

On a assisté à une table ronde posant la question : à quoi servent les économistes, puisqu'ils n'ont pas vu la crise venir et que leurs réponses sont confuses sur les moyens d'en sortir ? Vaste sujet mais je peux vous dire : la salle était pleine. Il n'y a pas eu de réponse définitive, mais l'idée quand même qu'il faudrait davantage écouter ceux des économistes qui sont à la marge, minoritaires. Et puis, on a entendu pour sourire, les formules classiques sur les économistes. Celle du Nobel Galbraith, pour qui la science économique sert essentiellement à créer des emplois d'économistes ; celle du président américain Truman, qui cherchait des économistes manchots parce qu'il en avait assez de cette profession qui répond à toute question en disant : d'un côté, ceci (on one hand), de l'autre (on the other hand) cela, ce qui n'est pas très aidant. Donc, oui, le blues.

Troisième image : le scepticisme sur l'action du gouvernement.

Ça c’était très net, (Philippe Lefébure en parlera dans une demi-heure à ce micro). Mais clairement, les milieux économiques ont le sentiment que le gouvernement n'a pas pris la mesure de la gravité de la situation. Fait rare, le patron de Saint-Gobain, Pierre-André de__ Chalendar, qui est vraiment d'un naturel calme, s’est adressé à Pierre Moscovici, en parlant de la politique économique : « vous êtes passé du déni au zig-zag ». Les grands industriels prennent d'ailleurs la parole dans Les Echos ce matin pour dire l’urgence d’autres réformes. Tout ça a rendu littéralement furieux le normalement tout aussi calme Pierre Moscovici, qui a en gros dit qu'il en avait marre du french bashing (du dénigrement) et que la politique, c'était compliqué (ça c'est vrai) et plus compliqué que les entreprises – ça, ca se discute. Bref, où que l’on regarde, l’ambiance à Aix n’était ni à l’euphorie, ni à la franche rigolade.

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