Ce matin, le titre lapidaire de votre édito : la situation économique et sociale tourne au gag – hélas.

J’ai hésité avant de d’utiliser ce mot – gag. Quand on parle chômage, croissance raplapla, poussée des populismes, il n’y a pas de quoi rire ou même sourire. Mais c’est vrai que la situation, ces jours-ci, est étrange, presque invraisemblable. Commençons par le social. On a donc appris hier que la CGT et FO allaient boycotter la seconde journée de la conférence sociale. Elles n’avaient pas réservé un tel camouflet à Nicolas Sarkozy. Et pourtant, ces syndicats, qui détestaient vraiment Sarkozy, ont obtenu -avec la CFDT- que François Hollande efface un nombre incroyable de réformes de Sarkozy : la détaxation des heures supplémentaires, un tiers de la réforme des retraites, la TVA sociale, le non remplacement d’un départ sur deux chez les fonctionnaires etc. etc. : tout ça pour, au final, un boycott !

Cela tourne aussi au gag sur les conflits sociaux…

Prenez la SNCF. Le gouvernement prépare une réforme qui réunifie la compagnie ferroviaire et le gestionnaire des rails, réunifie donc la grande maison des cheminots. Les syndicats ont été consultés, associés, et la CGT déclenche une grève dure. Sur les intermittents, Manuel Valls annonce qu’il diffère le différé d’indemnisation, que l’Etat va prendre à sa charge ; le mouvement continue quelques jours et l’ouverture d’Avignon est annulée. Sur la SNCM, cela fait deux ans que le dossier est sur la table et le gouvernement réussit à parler de « redressement judiciaire », ce qui relance la grève scandaleuse de la CGT. Gag !

Ce n’est pas mieux en économie…

François Hollande, depuis trois mois, fait des efforts considérables pour se réconcilier avec les entreprises. Un Pacte, des milliards, des dîners, une visite dans la Silicon Valley, des discours et des mains tendues. Il se met même à dos -on vient de le dire- les syndicats. Son ministre Michel Sapin en rajoute avec une formule dont il aurait pu se passer : mon ami, c’est la finance. La bonne finance. Et pourtant, rien n’y fait. Les petites entreprises restent remontées, les grandes ne disent pas merci. Quant à la situation économique, tous les journalistes se demandent si, le 14 juillet, le président va redire comme l’an dernier que la reprise est là – alors qu’on n’a rien vu.

Vous voyez même du gag en politique !

Oui, alors, nous les médias, sommes un peu responsables. Nous avons parlé des frondeurs du PS, matin, midi et soir pendant un mois. Et au final les réformes du gouvernement sont votées à une large majorité. Aujourd’hui, ce sera le cas des allégements de cotisations patronales. Mais l’opinion retiendra la fronde et pas le vote final. Pas de chance.

Bon, mais quelle solution a François Hollande dans ce contexte ?

Le général Foch (ou Joffre) dirait : "Ma droite est enfoncée, ma gauche cède, tout va bien j’attaque". Mais tout le monde n’est pas Foch et n’a pas à livrer la bataille de la Marne. François Hollande, lui, pourrait se souvenir que les réformes Schröder, sur la terre natale du dialogue social, portent le nom d’un chancelier et non de responsables syndicaux ou patronaux. Et donc que c’est à lui d’agir. Pour passer de gag à gageure.

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