L'édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». ____Y a-t-il une lecture économique du scrutin ? Il faut faire attention à ne pas voir l'économie partout mais c'est vrai que sur un scrutin européen, c'est possible parce que l'Europe est très identifiée à l'économie. La première remarque qui s'impose concerne le niveau d'abstention, qui est à la fois complètement explicable et totalement incompréhensible. Totalement incompréhensible parce que les Français se détournent du Parlement européen au moment où ce Parlement s'intéresse de plus en plus à eux, à notre vie de tous les jours. Et alors qu'il aura de plus en plus de pouvoirs. Mais, en même temps, cette abstention est évidemment explicable, toujours si l'on s'en tient à l'économie. L'Europe est plongée dans une vraie récession, le chômage monte partout, et chacun voit bien que la réponse est d'abord nationale. L'Europe, globalement, est même davantage frappée que les Etats-Unis. Elle avance, on l'a vu avec l'euro que personne n'a remis en cause dans cette campagne, elle agit, on le voit avec l'action de la Banque centrale européenne dans la crise, mais elle n'apparaît pas comme moteur. Cela dit, c'est le Parlement européen, sans visage, plus que l'Europe, qui suscite le désintérêt. Au total, l'Europe est là, mais elle n'est pas aimée. Enfin, la soirée d'hier était très révélatrice de l'état d'esprit sur l'Europe : sur les télévisions, les résultats du scrutin dans les autres pays n'ont pas été évoqués, sauf erreur, avant 22h40. Deuxième point, ce scrutin aura-t-il une influence économique en Europe ? On peut guetter les marchés financiers ce matin en Europe ou ailleurs, ils ne vont même pas frémir d'un millimètre. Ces élections européennes, qui impliquaient près de 400 millions d'électeurs, n'auront sans énorme surprise aucune incidence. Rien à voir avec les élections américaines, qui font bouger les cours de Bourse, ou même les élections indiennes il y a quelques semaines. C'est même un peu humiliant mais les marchés savent où est le vrai pouvoir ! La seconde remarque touche plus au fond. Partout, un constat saute aux yeux. Les partis battus dans les urnes sont ceux qui sont les plus favorables à davantage d'intervention de l'Etat, à plus de régulation, ceux qui parlent beaucoup de l'Europe protection. C'est-à-dire les partis de gauche. C'est vrai en Allemagne, c'est vrai en Grande-Bretagne, c'est vrai en Autriche et, donc, en France. Pourquoi ? Parce que les gouvernements conservateurs au pouvoir ont été pragmatiques, en nationalisant des banques, en intervenant dans l'économie et que les Européens n'ont pas l'impression que la gauche a des solutions face à la crise. En tous cas, la caricature d'une Europe qui serait ultra -libérale ne fonctionne pas. Alors, est-ce que le Parlement qui est sorti des urnes va avoir une ligne différente du précédent ? Non. Cela dit, il y a des sujets importants qui vont arriver, sur la régulation financière par exemple. Des conséquences en France ? Nicolas Sarkozy peut continuer sa politique contre la crise. Son dynamisme est récompensé. Certes ce scrutin n'est pas une carte blanche : samedi, il y aura encore de grandes manifestations à l'appel des syndicats. Mais, ces manifestations comme ce scrutin montreront que les Français ne demandent pas au président de faire autrement contre la crise, seulement d'en faire plus. Et s'il veut un nouveau plan de relance, il a un levier tout trouvé : l'écologie.

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