En France, il n’y a peut-être pas de révolution technologique, mais il y a des révolutions marketing. La dernière date d’hier.

C’est une grosse brèche dans ce qui constitue une vieille et vraie spécificité française : le fait, pour un opérateur de téléphonie, de subventionner largement l'achat d’un mobile en échange d’un forfait mensuel cher et d’un engagement de douze à vingt-quatre mois. Et voilà que les opérateurs cassent ce modèle en proposant des offres moins chères, sans subvention du mobile. Numéricable et La Poste ont été les premiers. Mais hier, c’est SFR, un poids lourd du marché, qui a annoncé une refonte totale de ses offres. Avec deux idées : le prix du forfait mensuel baissera au bout des 12 ou 24 mois d’engagement si le client garde son portable. Les nouveaux clients pourront avoir un forfait sans acheter le portable avec.

Pourquoi ce changement de pied ? Jusqu’à maintenant, le client d’Orange, de SFR ou de Bouygues, achetait un téléphone 10 à 30 fois moins cher que le vrai prix et l’opérateur se rattrapait sur le forfait. Quand on y réfléchit un peu, c’est pourtant bizarre : c’est comme si on vous vendait un abonnement à Canal+ avec un téléviseur, ou une citerne d’essence avec une voiture. Là, place à la souplesse et à la liberté. Cela étant, les industriels ne changent pas de pied uniquement pour nos belles oreilles. Changer de téléphone tout les ans n’est pas très écologique –25 millions de mobiles vendus chaque année. Ensuite, le gendarme des télécoms dénonce l’opacité du système français. Enfin -et surtout- l’arrivée de Free, en 2012, fait peur à ses copncurrents. Free ne subventionnera pas les terminaux et promet des prix « SIM-only » ultra compétitifs.

Les comportements des consommateurs vont-ils vraiment changer ? C'est la vraie question. Pour l’instant, les offres SIM-only étaient très marginales. SFR estime que l’arrivée de Free va changer la donne et qu’il faut s’attendre à ce que les clients quittent à toute vitesse leur opérateur dès qu’ils trouvent mieux. Orange estime que la majorité des clients continueront à exiger le dernier modèle de téléphone et donc en changeront régulièrement. - Au total, c’est donc encore une victoire de la concurrence ? Oui dans la téléphonie, c'est sûr. Mais la question intéressante est : pourquoi la concurrence est-elle efficace dans les télécoms et pas, par exemple, dans l’énergie ? D’abord, ce n’est pas tout à fait vrai. Une étude du gendarme de l’énergie (la CRE) publiée hier montre que les écarts de prix existent entre les différents opérateurs –EDF, GDF Suez, Direct Energie, etc. Ils sont de 17% sur l’électricité. Cela étant, pourquoi la concurrence a-t-elle quand même moins d’effet que dans les télécoms ? Un : parce qu’EDF est peu chère, grâce au nucléaire. Deux : parce que le progrès technique a créé une vraie rupture dans les télécoms, pas dans l’énergie.

Conclusion ? Si on ajoute les coûts croissants de la sécurité et le basculement vers les énergies alternatives, c’est simple : dans les années qui viennent, nos factures de téléphone vont beaucoup baisser, celle de l’énergie vont nettement grimper.

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