Le conseil des prud'hommes de Paris a condamné la Société Générale à verser à Jérôme Kerviel 455.000 euros en estimant que l'ex-trader a été licencié "sans cause réelle et sérieuse et dans des conditions vexatoires". Cette décision est la première qui va dans le sens de Kerviel, dont les actes - rappelons-le - ont été jugés frauduleux par le tribunal de grande d'instance, la Cour d'Appel de Paris et la Cour de cassation. En réalité, cette décision est incroyable - même si on estime que la banque a une part de responsabilité avec un défaut de contrôle. Et la question posée est la suivante : ce jugement ne donne-t-il pas des arguments en béton à tous ceux qui remettent en cause les prud'hommes et aimeraient les encadrer -ce que voulait faire la loi Travail au début ?

Quel est le signal envoyé ? Un salarié peut frauder pendant des mois, mentir à ses supérieurs, trafiquer des mails, mettre en place des faux reporting, causer des pertes énormes -tout çà, ce sont des faits attestés par les trois juridictions mentionnnées-, et malgré cela, des juges (non professionnels) estiment le licenciement sans cause réelle et sérieuse. Cela va susciter des vocations ! Il semble bien qu'ils aient voulu refaire eux-mêmes le procès déjà instruit pendant huit ans, et après les travaux de Renaud Van Ruymbeke qui ne passe pas pour quelqu'un de complaisant. Si sur le plan purement juridique, les prud'hommes s'appuient sur une prescription (la banque aurait soupçonné dès 2005 et aurait dû licencier avant 2008), quoi qu'il en soit, la rédaction du jugement envoie un message général et politique. Il faut savoir que 61 % des jugements prud'homaux sont corrigés totalement ou partiellement en appel.Ce qui est intéressant, ce sont aussi les réactions. Jean-Luc Mélenchon et Florian Philippot se sont bruyamment félicités - l'occasion est trop belle. Mais c'est vrai aussi qu'une partie de l'opinion achète l'image d'Epinal de David Kerviel contre Goliath les banques sur le refrain du « tout ça n'est pas clair », et écoute complaisamment ceux qui lui disent que les juges professionnels sont du côté du système. Jusqu'à preuve du contraire, c'est du vrai populisme complotiste. Reste néanmoins que la justice gagnera en crédibilité quand elle arrêtera d'exiger que Kerviel rembourse près de cinq milliards d'euros. C'est justement ce qu'a demandé la cour de cassation, et qui sera décidé à Versailles la semaine prochaine.

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