Cette semaine est particulière avec deux jours fériés, ce mercredi 8 mai et, demain, le jeudi de l’Ascension. Cela n’est pas neutre pour l’économie.

Les auditeurs vont se dire : voilà un chroniqueur qui a découvert un marronnier, un sujet qui revient chaque année, pour ne pas se fatiguer. Ils ont raison : c’est un marronnier. Mais le sujet n’est pas sans intérêt, parce qu’il conduit à se poser une question toute simple : en période de crise, la multiplication des ponts, des viaducs, des tunnels non travaillés de ce mois de mai (cette multiplication) pose-t-elle ou non un problème ? La réponse que l’on entend ces jours-ci est : puisqu’il n’y a pas de demande, que les entreprises ne sont pas en flux de production tendus, travailler moins est neutre. C’est en partie exact, mais comme souvent, c’est une réponse macro-économique, globale, générale, un peu facile. La réponse micro-économique, dans les entreprises, est plus compliquée et, disons-le franchement, différente.

Regardons d’abord les statistiques – vous adorez ça !

Adorer, peut-être pas ! Mais pas besoin d’être un statisticien pour voir que le mois de mai 2013 restera dans les Annales, avec trois semaines « trouées ». La semaine dernière, le 1er mai est tombé un mercredi : possibilité d’un pont avant ou après ; cette semaine, un pont de cinq jours est possible ; la semaine prochaine, il y a aura le lundi de Pentecôte. Or, sans même compter les ponts, 2013 était déjà une année où le nombre de jours ouvrés (travaillés) est plus faible que les années précédentes. L’Insee compte 251 jours ouvrés, deux de moins qu’en 2012, trois de moins qu’en 2010. L’Insee a du coup sorti ses modèles et verdict : cela représente 0,1 point d’activité en moins en dehors même de la conjoncture. Hasard des jours fériés qui tombent en semaine.

Bon, mais l’effet sur l’économie, dans quel sens va-t-il ?

Tous ces congés, c’est bon pour le tourisme. Mais, à l’inverse - prenons deux exemples très concrets au hasard - les déménageurs râlent parce que mai-juin sont des mois chargés et qu’ils n’ont pas le droit de rouler sur les autoroutes les jours fériés ; autre illustration, dans l’artisanat du bâtiment, l’hiver a été catastrophique sur le plan climatique. Les entreprises espéraient rattraper les chantiers au printemps, c’est-à-dire maintenant. Cette semaine, c’est compliqué. Donc, ils auront du retard. Et puis, partout, des commerciaux qui font des ponts, ce sont des commerciaux qui ne prospectent pas ; des chercheurs qui sont en pause, ce sont des chercheurs qui ne trouvent pas !

Au total, où la balance penche-t-elle ?

Les Français ont plus de congés que les autres en Europe ou ailleurs, cela n’est pas douteux ; Mais l’économie n’est pas indexée, naturellement, sur le seul nombre de jours travaillés, ce serait trop facile. C’est une équation entre confiance, niveau de formation, politique économique et fiscale, l’innovation etc. Mais ce qui est amusant est de relever que toute l’année, économistes, politiques, journalistes, auscultent chaque battement de la conjoncture à un dixième de point près. Et que le basculement en récession ou pas, puisque les prévisions sont à plus ou moins zéro, dépendra cette année peut-être du calendrier, et donc du hasard. Ce n'est pas un marronnier mais un peu de poésie dans un monde de chiffres bruts !

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