Edouard Philippe l’a assuré hier : cela fait 12 ans que le pouvoir d’achat n’avait pas autant augmenté. C'est vrai mais ce n'est qu'un retour au niveau antérieur à la crise financière.

Le pouvoir d'achat en hausse ?
Le pouvoir d'achat en hausse ? © Getty / Robert Michael/picture alliance

Et il est probable qu’une partie des Français n’y croient pas. C’est l’éternel conflit entre les chiffres macro-économiques d’un côté et les situations et expériences individuelles malheureuses de l’autre. Les premiers sont aussi vrais que les secondes mais les bonnes nouvelles font du bien sans faire de bruit tandis que les mauvaises font du bruit sans faire de bien. Bref, seuls les mécontents font parler d’eux. 

Le gouvernement, qui patauge sur le pouvoir d’achat depuis le début du quinquennat, se montre ce coup-ci malin. Il ne s’appuie pas sur ses propres chiffres mais sur ceux de l’OFCE (page 7), organisme de centre gauche qui a rendu son verdict mi-avril : chaque ménage va gagner en moyenne 850 euros de pouvoir d’achat cette année, dont 440 euros dus aux mesures Macron. Edouard Philippe s’est un peu planté parce qu’il a dit 850 euros, dont 390 euros dus à son action (peut-être par modestie, en réalité parce que l'OFCE avait commis une erreur de calcul, précise Matignon), mais 850 euros, c’est effectivement la plus forte hausse depuis 2007. 

Alors, d’où vient-elle ? De la baisse de la taxe d’habitation et des cotisations salariées, de la défiscalisation des heures sup, de la prime d’activité et de la hausse des salaires avec une inflation riquiqui. Cela fait 70 euros en plus par mois. L'autre coup de com malin d’Edouard Philippe, c’est d’afficher un gain en euros, et non pas en pourcentage. 850 euros, cela frappe davantage les esprits qu’une augmentation de 2% du pouvoir d’achat. 

Au passage, ce qui est curieux est qu’il aurait pu dire que le pouvoir d’achat progressera encore en 2020, avec la baisse de l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros et d’autres mesures post-grand débat, mais cela doit être encore de la modestie. La grande majorité des Français seront gagnants, sauf les retraités les plus aisés. 

Pourquoi les Français sont-ils sceptiques ? 

-Le gouvernement a étalé ses bonnes nouvelles depuis 2017 dans un calendrier illisible, ce qui fait que seule la hausse de la CSG a été retenue. et qu'Emmanuel Macron a revu totalement son dispositif en direction des retraités ces derniers mois.

-Au-delà, le pouvoir d’achat est un piège dans lequel tous les gouvernements tombent ne serait-ce que parce que le mécano fiscal est complexe. 

-Mais la principale explication est que cette remontada du pouvoir d’achat suit dix années de baisse ou de morne plaine. Avant 2008, chaque ménage gagnait 400 euros de pouvoir d’achat par an. Aujourd’hui, on ne revient qu’au niveau de pouvoir d’achat d’il y a dix ans et encore pas tout le monde. 

Conclusion : oui cela va mieux mais pas encore bien.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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