Les informations et les scénarios économiques sont abondants. Mais le gouvernement refuse de diffuser les scénarios épidémiologiques sur lesquels il s'appuie pour l'avenir. Il a tort. Nos vies sont bouleversées : nous y avons droit.

Soyons clair : on ne parle pas de transparence ou de manque de transparence sur la situation économique et sanitaire, ce que l’on a sous les yeux, ce que l’on constate. Des informations économiques et sociales, on en a tous les jours : activité, investissement, emploi, l’Insee a encore publié hier matin une batterie d’indicateurs. Des données sur l’épidémie, on en a aussi tous les jours, par communiqués, par le point quasi-quotidien du directeur général de la Santé et plus les jours passent, plus on voit que le système de santé n'a pas craqué et que le nombre de victimes relativement à la population, hélas, très important, l'est désormais moins que dans la plupart des pays voisins, hors Allemagne.  

Mais, et c’est un souci je crois, il y a une différence entre l’économique et le sanitaire ailleurs : sur ce qui permet d’y voir plus clair, de réfléchir, de prévoir, d’anticiper, de comprendre. Et là, le gouvernement a fait un choix regrettable, qui n’incite pas à la confiance. 

C’était frappant lors de la conférence de presse d’Edouard Philippe. 

Sur l’économie, nous disposons de scénarios : des prévisions de croissance, de chômage, de revenus. Toutes sortes d’organismes publics, privés, français ou internationaux, rassurent ou nourrissent l’inquiétude. 

A l’inverse sur le Covid 19, le gouvernement ne publie aucun scénario et livre peu de clés. Qu’aimerait-on savoir ? On aimerait savoir, si le déconfinement marche, comment va (peut) évoluer la courbe du nombre de malades. On aimerait savoir, si le virus recircule, quels sont les risques. On aimerait savoir quels sont les critères qui diront s’il faut redurcir les choses. 

Alors, me direz-vous, il y a trop d’incertitudes pour déposer tout cela à plat sur la table. C’est vrai et faux. L’Elysée et Matignon ont reçu beaucoup de résultats de modèles, de scénarios. Et nous on les apprend par la bande. 

Tout ne doit pas être à plat, mais il serait normal que les Français sachent où ils vont. 

C’est un dilemme classique …

Oui, un dilemme classique entre d’un côté la pédagogie simple pour être efficace, et de l’autre côté la vérité forcément complexe. Tout est complexe, c’est sûr : ainsi des départements rouges et verts, c’est une excellente idée simple, mais en même temps risquée parce que les Français en vert se disent que tout va bien -à tort. 

Au total, le gouvernement devrait quand même faire davantage confiance à notre intelligence et notre maturité pour expliquer par exemple pourquoi il donne l’impression (sans doute à raison) d’avoir si peur d’une deuxième vague du virus.

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