Hier, le groupe français LVMH a annoncé le rachat du bijoutier italien Bulgari pour plus de 4 milliards d’euros. Le secteur français du luxe ne connaît décidément pas la crise ?

Non, c’est un des seuls secteurs d’activité qui continue à vivre au rythme des opérations industrielles ou financières. On sait qu’il y a une grosse bataille entre LVMH et Hermès. Et là, donc, LVMH rachète, de manière amicale cette fois, les montres et les bijoux de Bulgari –ce qui constitue la plus grosse acquisition de son histoire. Pour être clair, je signale tout de suite aux que Les Echos appartiennent au numéro un français du luxe. Cela n’empêche pas à mon avis de parler d’un secteur dont il est difficile, de toute façon, de contester le succès. Cela dit, avec Bulgari, LVMH rentre dans le trio de tête de la joaillerie mondiale, derrière Cartier et Tiffany. Comme il n’était pas le seul à être intéressé, Bernard Arnault paie le prix fort, 60% au dessus de cours de bourse. Au total, c’est une marque qui rejoint une soixantaine d’autres, à côté de Louis Vuitton, Dior, Chaumet etc.

Pourquoi le secteur du luxe se porte-t-il si bien alors que le mot "luxe" –ou plutôt « qualité » comme on le dit chez Hermès qui refuse le mot luxe– ne rime pas avec crise ? Là aussi, ce sont les marchés émergents qui tirent la croissance du secteur. Selon un cabinet spécialisé, les ventes des carrés de soie, des sacs haut de gamme, des chaussures, des champagnes et des montres ont grimpé de 10% l’an dernier dans le monde. Mais c’est +30% en Chine, qui vient déjà derrière les Etats-Unis et le Japon, et qui pourrait même devenir le premier marché vers 2015. 46% de l’activité de Bulgari a lieu en Asie. Louis Vuitton est présent dans une trentaine de villes chinoises, Gucci aussi. Et il y a la Russie, le Brésil etc.

Les Français ont-ils trouvé une recette particulière pour faire la course en tête ? Les industriels français pèsent 30% du marché mondial du luxe. Une grande partie des leaders du secteur sont tricolores : LVMH, PPR, son concurrent (Gucci, Yves Saint Laurent) qui va vendre la FNAC pour se recentrer sur le haut de gamme, Chanel, Hermès, Rémy Cointreau dans les alcools. Les recettes ? Difficile à dire. La tradition, la créativité et au départ, des artisans avec un vrai savoir-faire. Mais aussi des représentations, des images, des sensations. Et aussi un savoir-faire commercial et marketing qui permet de faire rêver du même produit partout. Et enfin, un modèle qui a starisé les créateurs, qui a industrialisé le luxe, en sous-traitant la production pour se concentrer sur les marques. Avec les risques que cela comporte en s’éloignant de l’artisanat. Il y a une vraie exception française.

Le luxe français, c’est donc le bon côté de la mondialisation ? Cela n’exclut pas la violence des affaires, la bagarre entre Bernard Arnault et Hermès en témoigne. Cela n’exclut pas des délocalisations de production et des relations tendues avec les sous-traitants. Mais au total, le luxe emploierait directement ou indirectement, selon la profession, 150.000 personnes en France. Au fond, l’avantage de la mondialisation, si on définit le luxe comme ce qui est cher et rare, c’est qu’elle lui donne un terrain de jeu plus grand pour rester rare et cher.

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