Ce matin, sur la loi El Khomri : l'étroit chemin de crête de la CFDT.

A priori, la confédération de Laurent Berger occupe ces jours-ci une place de rêve. Faiseuse ou défaiseuse de roi c’est-à-dire de réforme. Elle est au centre de ce qui n'est pas un jeu. D’un côté il y a ceux qui exigent le retrait, la CGT et FO. De l’autre il y a Manuel Valls -vous avez remarqué, François Hollande est quasi-absent- (Valls donc) qui voudrait garder la réforme avec un peu de contenu. Face à une CGT illisible depuis le départ de Bernard Thibaut et face à Force ouvrière dont on retient plus les bonnes formules de Jean-Claude Mailly que les propositions, la CFDT est la véritable force réformatrice et montante. A priori, c’est donc elle qui tient le stylo.

Sauf qu’en fait, la CFDT joue gros.

Oui, parce que si elle tend trop la corde, la corde va craquer. Le projet de loi disparaîtra et elle perdra des choses qui l’intéressent beaucoup. Parce qu’il y a entre les syndicats deux vrais clivages idéologiques. Des clivages qui vont au-delà des questions d'indemnités prud’homales ou de définition du licenciement sur lesquels chaque Français de 7 à 77 ans a depuis huit jours un avis tranché. Premier clivage : où doit-on négocier ? La CFDT dit : l’entreprise et la branche sont deux bons endroits et le référendum est une bonne idée, d'autant plus que c'est son idée. FO et la CGT font davantage confiance au niveau national, FO parce qu’ils sont peu présents dans les entreprises privées, la CGT parce que … ben on ne sait pas. Second clivage : le compte personnel d’activité, qui permettra que les droits, à la formation notamment, soient portés par chaque personne et non plus en fonction du statut de salarié, de chômeur etc. La CFDT est pour ; les deux autres raisonnent en termes de statut.

Le problème, c’est que Laurent Berger est plus raide que ne le pensait Valls.

Le gouvernement reconnaît qu’il a déconné sur la méthode en ne consultant pas assez en amont les syndicats. Mais le Premier ministre ne s’attendait pas à ce que la CFDT choisisse d'afficher comme totem à emporter la disparition du plafonnement des indemnités prud’homales. Alors qu'elle n'était pas contre il y a un an. Donc, nous en sommes là : Valls sera ridicule s'il recule sur ce point ; Berger se déjugerait s'il avance sur ce point. Bref, c'est bloqué. Bloqué sur un sujet, disons-le, quand même assez secondaire.

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