Ce matin : réforme de la SNCF, quelle stratégie pour Guillaume Pépy ?

Edouard Philippe a dévoilé il y a pile dix jours sa réforme, le texte de loi autorisant des ordonnances sera connu mercredi et le lendemain les syndicats annonceront leur riposte. Parmi tous les acteurs, celui qui est le plus sur un fil d’équilibriste, c’est bien Guillaume Pépy. 

Patron d’entreprise publique, il obéit à son actionnaire et défend sincèrement mais aussi forcément cette réforme, sublime, forcément sublime à ses yeux. En même temps, il a une visibilité exceptionnelle, sa voix compte davantage que celle de n’importe quel autre patron public : il a démarré à la SNCF il y a 30 ans et la dirige depuis 10 ans. On a tous en tête lui avec son fameux gilet orange, même si c'est daté. 

Mais voilà, dix ans, c’est aussi le temps du bilan et la désaffection supposée des clients pour la SNCF à cause des retards et de pannes est l’argument N°1pour expliquer qu’ils ne soutiendront pas les cheminots. Mais ce ne n'est pas lui qui le dira. On serait schizophrène à moins ! 

A partir de là, la stratégie de Pépy est : 

- Un, mettre de l’huile dans les rouages. Hier, il a poussé un coup de gueule contre le … cheminot bashing qui est – je le cite- nul. Calinothérapie et fil du rasoir. Mais il fait passer aussi un message aux syndicats : il y a du grain à moudre. Le début des embauches en droit privé, cela sera 2019 ou 2020 ou 2021. La concurrence en Ile-de-France (le RER), cela peut être jamais. La SNCF dépensera de l'argent pour former ses salariés à la polyvalence - on parle d’un milliard d'euros.

- Deuxième point de sa stratégie : ne pas perdre de vue l’intérêt de la SNCF. Défendre sa transformation en société anonyme, que l’État ne pourra plus endetter jusqu’au cou ; éloigner les ordres politiques qui ont multiplié les grandes lignes non rentables ; alléger le statut qui renchérit de 8 % le coût d’un salarié avec ses grilles automatiques ; faire reprendre par l’État -le point essentiel- la dette du système ferroviaire. Pour ces raisons, les dirigeants de l’entreprise s’attendent à un conflit dur, identitaire. 

Certains se souviennent du mot d’un des prédécesseurs de Pépy : les cheminots, des personnes individuellement remarquables, collectivement insupportables. Mais çà Pépy ne le dirait sûrement pas : la SNCF c'est sa vie depuis si longtemps.

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