Les syndicats se retrouvent aujourd’hui pour décider de la suite du mouvement sur les retraites après une mobilisation mitigée samedi.

Il n’y avait pas que la pluie, on sent bien que le cœur n’y est plus vraiment, le Conseil constitutionnel va rendre sa décision dans les tous prochains jours et la loi va être promulguée. En réalité, le gros du mouvement est fini et il est déjà possible de tirer un certain nombre de leçons d’une bataille qui aura duré six mois. Commençons par les enseignements (disons) les plus objectifs et avérés. J’en vois quatre.

Le premier est que, c’est flagrant, les manifestations ont remplacé les grèves comme indicateur le plus visible d’une mobilisation et que les transports publics ne constituent plus le levier le plus utilisé pour paralyser (comme en 1995) ou ralentir le pays (comme en 2003). C’est le tournant du service minimum.

Le deuxième enseignement est que, dans la bagarre éternelle autour du nombre de manifestants, la police –aussi étrange que cela puisse paraître– a marqué un point. Quelques comptages extérieurs ont été effectués, qui ont jeté un doute sur les chiffres des syndicats. Nouvel exemple samedi : la police a compté 28.000 personnes dans les rues à Paris, seulement 3.000 de moins que le 28 octobre. La CGT, elle, en a dénombré 90.000, deux fois moins que le 28 octobre ! Comme si, avec ses chiffres, elle voulait elle aussi montrer la décélération. L’habitude immémoriale de couper la poire en deux devra être revue.

Troisième enseignement, une évidence : le tandem CGT-CFDT apparaît désormais comme détaché des autres, relégués à la seconde place.

Dernier point, les médias se sont un peu « emballés » sur la coagulation des protestations. Avec le recul, broder sur le grand malaise d’une génération à partir du blocage de quelques lycées était peut-être excessif (je ne dis pas infondé) et a conduit à oublier la dimension ludique chez des ados de 16 ans. Voilà quelques points.

Reste la grande question : le film aurait-il pu se dérouler autrement ?

La réponse est oui, mais il aurait fallu que le paysage soit quand même différent. Nicolas Sarkozy a fait une faute, qui est de regarder de haut la CFDT et François Chérèque –de ne pas les considérer. En même temps, une grande négociation aurait-elle abouti sur quelque chose ? La CFDT ne voulait pas reperdre des adhérents comme en 2003 et devait être proche de la CGT qui s’était fixé comme objectif lors de son dernier congrès (je cite) « d’arrêter la spirale de l’allongement de la durée de cotisation » (et on ne parle même pas de l’âge légal). Un accord était donc totalement impossible. En revanche, s’il n’y avait pas eu un rejet total du principe même du relèvement de l’âge légal, le gouvernement aurait sans doute été contraint de se montrer plus souple sur, par exemple, le cas des salariés qui ont commencé à travailler à 18 ans – le point qui a choqué le plus une partie de l’opinion.

Dernier point, cette affaire des retraites va-t-elle laisser des traces ? Politiquement, Nicolas Sarkozy a gagné, c’est évident, on verra si c’est mis à son crédit. Economiquement, il est probable que l’on s’apercevra que cette réforme ne suffit pas. Socialement, les syndicats sont battus mais gardent la tête haute. Sociologiquement, on voit bien que la France de classes moyennes est à fleur de peau et que –sur l’emploi, sur les salaires, sur la cohésion entre les différentes catégories sociales– tout reste tendu et fragile.

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