Vous revenez sur le plan de rigueur, mais une mesure a particulièrement retenu votre attention : elle concerne l’impôt sur le revenu.

Oui, le plan Fillon, « c’est du lourd » - comme on dit sous les préaux d’école. Il y a plus de mesures que prévu, des mesures plus visibles que celles du 24 août ou du 28 septembre - puisqu’on a eu hier, au fond, un troisième budget. Là, on ne parle pas TVA sur les parcs de loisirs, mais retraites, prestations sociales, gros impôts. Nicolas Sarkozy et François Fillon assument, pour continuer à emprunter pas trop cher sur les marchés grâce au triple A. Mais l’évolution la plus forte, à mon avis, oui, vise l’impôt sur le revenu, avec la désindexation du barème en 2012 et 2013. On en a bizarrement peu parlé. Pourtant, elle concerne un Français sur deux et rapportera 3,4 milliards d’euros, c’est la mesure la plus rentable. Concrètement, jusqu’à maintenant, les seuils d’entrée dans chaque tranche du barème de taxation étaient revalorisés de l’inflation. Quand votre revenu augmentait, cet effet était neutralisé par la revalorisation du barème. Avec le gel du barème, on passera plus vite dans la tranche supérieure. Bref, l’impôt va augmenter en moyenne, par rapport à la situation antérieure, de 4 à 5 % en deux ans.

C’est un tournant ?

A un double titre. Un : à la fin de son mandat, Nicolas Sarkozy est obligé d’en passer par là, une hausse générale d’un impôt. Hausse qui concerne la moitié des Français, pas les moins favorisés – il faut le souligner. Cette hausse de l’impôt sur le revenu fait repartir la balance dans l’autre sens après une quinzaine d’années de baisse. A noter aussi le tour de vis sensible sur la fiscalité du capital. Le second tournant , encore en pointillé celui-ci, concerne le principe même de désindexation. Vous avez vu que cette décision s’applique aussi aux allocations logement et familiale, qui évolueront de seulement 1%. D’où la question : la désindexation est-elle appelée à se généraliser, comme on a eu autrefois la fin de l’échelle des salaires sur les prix ? C’est une façon de faire des économies silencieusement et sans drame. Mais c’est un coup de lime sur le pouvoir d’achat.

Au-delà de l’impôt sur le revenu, quelles leçons tirer de ce plan de rigueur sur le plan politique ?

Pour Nicolas Sarkozy, le défi est celui de la cohérence . Le plan est courageux, cela ne fait pas de doute, l’objectif est d’en éviter un quatrième. Mais il est impossible de comprendre pourquoi la TVA sur les livres ou les transports doit augmenter pour compenser la bêtise passée de la baisse de la TVA dans la restauration. Cohérence. Pour François Hollande, le défi est celui de la transparence . Il veut bien la rigueur si elle a du sens. Parfait. Mais il faut dire lequel. Ainsi, il promet 60.000 postes de plus dans l’éducation mais sans augmenter le nombre total de fonctionnaires. Si on réfléchit, cela veut dire que les baisses d’effectifs devront être bien plus élevées qu’aujourd’hui dans les autres ministères. Ah bon ! Transparence.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.