Par Jean-Marc Vittori.

Le Congrès du Parti communiste chinois commence aujourd’hui. Quel est l’enjeu économique ?

Le premier souci de l’équipe qui va prendre le pouvoir à Pékin, c’est la croissance. Evidemment, ce n’est pas tout à fait comme chez nous. En France, la croissance a disparu depuis cinq ans et on n’a toujours pas trouvé le moyen de la faire revenir. En Chine, après trois décennies à 10% l’an, la production est revenue sur une pente à plus de 7%, un rythme qui ferait rêver ici. Et il y a des signes de réaccélération.

Mais malgré cette croissance échevelée, un Chinois a encore aujourd’hui un niveau de vie quatre fois plus faible qu’un Français. Autant dire que la soif de croissance reste immense, alors que le pays va devoir changer de moteur économique en vol - ce qui est évidemment une opération compliquée.

Pourquoi ce changement de moteur économique ?

Tout simplement parce que ça ne peut pas continuer.

La très forte croissance de la Chine depuis le début des années 1980 s’expliquait d’abord par une augmentation massive de la population active, avec des millions de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail. Or désormais, la population vieillit. Ensuite, le pays a joué la carte du rattrapage industriel et de l’exportation. Elle est devenue l’usine du monde, en versant des salaires de misère et en copiant des techniques éprouvées. Depuis, les salaires ont beaucoup augmenté, l’essentiel du rattrapage technique est accompli et en plus les pays clients comme l’Europe sont en pleine déprime et donc moins friands de produits chinois. Il faut donc désormais innover, inventer, et c’est beaucoup plus compliqué.

Que devra faire la nouvelle équipe au pouvoir ?

Ouvrir complètement le jeu, réduire le poids des énormes entreprises publiques peu efficaces pour donner de l’espace aux nouveaux venus, remettre d’aplomb un système bancaire perclus de dettes pourries et donc incapable de financer de jeunes pousses. A priori, le prochain chef de l’Etat Xi Jinping et son Premier ministre Li Keqiang ont plutôt la réputation d’hommes ouverts, pro-business, partisans de l’ouverture accrue des marchés. Mais le prochain comité permanent du bureau politique, c’est-à-dire les sept dirigeants qui pilotent le pays, n’a pas encore été nommé, ça va se jouer au Congrès. Pour bousculer tout ce qui a fait le succès de la Chine, pour abattre les énormes rentes qui se sont constituées ces derniers temps, il y faudrait de véritables révolutionnaires. Or c’est une qualité qui se perd au sein du Parti communiste chinois.

Pourquoi ce qui se passe là-bas nous concerne aussi ?

D’abord, le monde ira mieux avec une Chine qui va bien. La France aussi : les entreprises françaises y exportent 20 milliards d’euros de marchandises par an. Ensuite, certains problèmes chinois font étrangement penser aux nôtres : des salaires qui ont augmenté plus que ceux des concurrents, des produits pas assez haut de gamme, un Etat

très interventionniste dans l’économie, des collectivités locales qui ont fait bondir leurs dépenses…Dans le cadre de l’amitié franco-chinoise, François Hollande devrait peut-être proposer à Xi Jinping les services de son flamboyant ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.

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