La hausse des inégalités est considérée comme une des explications du succès de Donald Trump. Qu’en est-il en France ?

Le hasard fait que plusieurs travaux de l’Insee viennent de sortir sur le sujet, l’une sur les revenus il y a quelques semaines, l’autre sur les patrimoines hier soir. La première montre quelque chose d’assez différent de ce que l’on croit généralement : les écarts de niveaux de vie, de revenus, mesurés par ce que l’on appelle l’indice de Gini (c’est l’indicateur top en la matière) sont au même niveau qu’il y a trente ans, quasiment à la virgule près ! Sur le patrimoine, l’étude de l’Insee d’hier est titrée, je la cite : « entre 2010 et 2015, les inégalités se réduisent légèrement ». Elles avaient, ces inégalités, grimpé dans les années précédentes, mais la tendance récente c’est celle-là.

Ce n’est pourtant pas la perception des Français.

Non. Chacun regarde l’envolée des revenus et des patrimoines des très riches, sportifs, actrices-acteurs, grands patrons, mais cela ne représente rien macro-économiquement. Je vous donne un chiffre. Ecoutez. En 2002, 17 % des Français considéraient que leur situation sociale était moins bonne que celle de leurs parents au même âge : en 2015, cette proportion est passée à 54 %. C’est spectaculaire.

Alors, que conclure : l’Insee ment ou les Français se mentent ?!

Les deux ! En termes de revenus, on vit mieux qu’avant, surtout avec une meilleure santé, des produits de meilleure qualité, on travaille moins etc. Mais si on se demande si avec ces niveaux de vie, on peut se loger, la réponse est que c’est bien plus difficile. En seulement quinze ans, le prix des logements a doublé en France, il a été multiplié par 2,5 à Paris. Le salaire permettait de devenir propriétaire, ce n’est plus le cas, il faut hériter. Au fond, le débat public est à côté de la plaque. On s’obsède sur les différences entre les uns et les autres ; mais en réalité la vraie inégalité, c’est l’inégalité entre ceux qui peuvent avoir des projets, des perspectives à l’échelle d’une vie, par exemple acheter un appartement ou une maison, et ceux qui ne voient pas comment cela sera possible. Qui sont bloqués, qu’ils soient employés, classes moyennes, cadres etc. Mais comme ce combat-là est plus difficile, on continuera de s’exciter davantage sur des taux de fiscalité que sur les moyens de résoudre la question du logement. Eh bien, c’est de l’enfumage.

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