Le gouvernement a présenté hier son projet de loi de finances rectificative pour 2018.

J’ai bien conscience que c’est un apéritif un peu lourd pour les auditeurs qui attendent avec impatience l’interview du nouveau Prix Goncourt. J’en suis confus. 

Mais après tout, il est logique de regarder en fin d’année  comment l’Etat gère réellement ses comptes, et pas seulement au moment des projets et des promesses. 

Eh bien, pour cette fin 2018, il y a des informations positives, et d’autres qui laissent pantois sur l’exécution du Budget, le premier de l’ère Macron. Le bon point est que les dépenses ont été tenues, qu’il n’y a pratiquement pas de dérapages plus ou moins camouflés. La seule astuce à relever est que le ministère de la Défense va financer lui-même toutes ses opérations militaires à l’étranger, ce n’était pas prévu. 

Autre élément, le déficit public au sens large du secteur public (avec la Sécurité sociale et les collectivités locales), reste bien à 2,6% du PIB, c’est la seconde année consécutive sous les 3%, c’est une bonne nouvelle. 

Mais voilà il est un peu court de s’arrêter à ce chiffre qui a l’air tout bénin et donc rassurant. Il faut  soulever le capot. Car dans les documents budgétaires, on découvre que le déficit de l’Etat atteint 80 milliards d’euros, donc la différence entre les recettes et les dépenses de l’Etat dépasse le montant de l’impôt sur le revenu. 

Et surprise surprise ce déficit est fin 2018 12 milliards plus élevé qu’en 2017, parce qu’il faut compenser aux collectivités locales l’allégement de taxe d’habitation et à la Sécu des baisses de cotisations.

C’est un mauvais point ?

Ce qui laisse pantois est qu’avec un déficit pareil en période de croissance, le procès en austérité soit intenté à tout bout de champ alors que de leur côté les prélèvements obligatoires, cette année, représentent un record de 45% du PIB – ce qui explique le ras le bol fiscal actuel. 

Ce qui laisse pantois est qu’un procès soit toujours fait aux acteurs financiers qui financent ce déficit. Bien sûr, on n’est pas idiot, on sait que le déficit public est parfois nécessaire (pour soutenir l’activité ou investir) et que sa valeur en euros a peu de sens économique. 

Mais 80 milliards d’euros, cela veut tout de même dire que près d’un euro sur cinq dépensé par l’Etat cette année l’est à crédit. 

Pour détourner le titre du nouveau Goncourt, c’est beaucoup pour « nos enfants après nous ».

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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