Le débat sur le 3% de déficit public serait d’un autre siècle : c'est Emmanuel Macron qui le dit. Les arguments économiques sont bons. Mais la France est vraiment mal placée pour donner des leçons.

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron © AFP / Ludovic MARIN

Rappel : les 3% dont on parle, c’est le plafond des déficits publics autorisé en Europe en proportion du produit intérieur brut .

Cette phrase, prononcée dans le cadre d'une interview à The Economist, est une vraie bombe parce que la consolidation budgétaire est depuis vingt ans le bois saint de la Sainte Croix de la politique économique en Europe. 

Disons-le tout de suite : cette phrase, bizarrement formulée, sonne inutilement comme une provocation et la France est particulièrement mal placée pour dicter un avis sur les finances publiques. 

Mais le raisonnement économique, lui, se tient ?

Il a deux branches. 

  1. la politique monétaire a donné tout ce qu’elle a et elle n’est pas plus en capacité, avec des taux d’intérêt déjà riquiqui, de donner un petit coup de booster quand c’est nécessaire – comme aujourd’hui en Allemagne. Donc, les budgets doivent prendre le relais, et ils le peuvent d’autant plus que s’endetter ne coûte rien. 

  2. l’Europe sous-investit dans les technologies de rupture (non renouvelables, cloud, intelligence artificielle, 5G etc.) et elle se fait larguer par les Etats-Unis et la Chine. Dit en termes financiers, l’épargne abondante des Européens finance les déficits américains : absurde. 

Emmanuel Macron a rencontré récemment les industriels allemands, qui seraient en avance sur la classe politique allemande parce que ces industriels constatent que la demande interne italienne et portugaise pour leurs produits, par exemple, est bridée par le redressement budgétaire. 

Or, exportant moins en Chine, les Allemands ont besoin de l’Europe, le tout-export touche ses limites

Bref, les esprits changeraient et les propos présidentiels les aideraient à changer. 

Sauf que…

Les Etats doivent investir et soutenir l’activité quand c’est nécessaire : aucun doute là-dessus. Mais il y a deux difficultés avec cette phrase appelant à desserrer les vannes.

La France, cette année, est le seul pays de la zone euro dont le déficit dépasse les 3% de PIB – et pour des dépenses de fonctionnement, pas d’investissement. C’est un peu facile. 

Et surtout, les règles budgétaires n’ont pas été décidées pour le plaisir : c’est pour faire tenir l’euro. Souvenons-nous de la Grèce, que les marchés ne voulaient plus financer, de l’Italie, qui a connu des difficultés, les taux d’intérêt flambaient. 

Qu’on le regrette ou non, le sérieux budgétaire a été consubstantiel à la naissance de l’euro : l'intégration monétaire a été décidé comme moteur de l'intégration économique et cela n'a hélas pas marché

Est-ce le moment de changer ? Peut-être. Mais pas en ordre dispersé ce serait trop dangereux. 

Il y a dix ans, un secrétaire général de l’Elysée aux côtés de Jacques Chirac disait : les 3% pour la France, ce ne doit pas être une limite, mais un objectif. Et cela le fait rire. Dix ans après, l’arrogance avec nos voisins est toujours mauvaise conseillère.

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