L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Ce matin, la crise toujours, mais sous un angle particulier : Nicolas Sarkozy met la pression sur les rémunérations des chefs d'entreprise. Hier, il y a eu plusieurs informations importantes, s'agissant de la crise. Il y a eu la décision très nouvelle de la Réserve fédérale américaine, qui a décidé de financer directement les entreprises américaines puisque les banques ne le font pas. Comme si vous alliez voir la BCE à Francfort pour lui demander de l'argent. Pour le reste, la situation ne s'améliore pas vraiment. Pendant ce temps, chez nous, ici, c'est en effet un autre sujet dont on parle. C'est l'ultimatum que Nicolas Sarkozy a posé aux patrons : "soit d'ici la fin de l'année vous adoptez des règles nouvelles sur les parachutes dorés, ces indemnités accordées en cas de départ, soit je légifère". Le gouvernement a aussi annoncé que les dirigeants ne pourraient plus bénéficier de stock options si tous les salariés ne sont pas intéressés eux aussi aux résultats. En fait, la façon dont ça s'est passé est un peu plus compliquée. Lundi, Laurence Parisot, du Medef, et l'Afep, qui rassemble les 80 plus grandes sociétés françaises, ont publié une charte avec des nouvelles règles - ce sont celles-la que l'Etat veut étendre. Elle veut interdire les parachutes dorés en cas d'échec patent par exemple, elle interdit aussi à un dirigeant d'avoir en même temps un statut de salarié, très protégé, et de mandataire social. Voilà pour rappeler où on en est. Maintenant, cela va dans le bon sens , mais en même temps, il y a un petit malaise. L'objectif, c'est de remettre un peu d'éthique dans des comportements qui ont défrayé la chronique. Au moment des départs, en 2006, de Noël Forgeard, l'ancien patron d'EADS, ou d'Antoine Zacharias, Vinci. Puis, récemment, des dirigeants d'Alcatel ou du patron de Dexia. Dans tout ça, on mélange des patrons qui ont réussi et d'autres qui ont échoué. Mais que le patronat fasse la police lui-même, c'est bien. En ce moment plus que jamais, les partisans de l'économie de marché doivent tout faire pour fonctionner avec des règles qui peuvent être comprises par les salariés et l'opinion, même si, naturellement, les revenus des chefs d'entreprise resteront toujours incompréhensibles pour beaucoup, alors que les revenus des sportifs sont curieusement acceptés. Ce qui est gênant, sur la forme, c'est l'amalgame fait avec la crise, et là c'est un peu le gouvernement le responsable. Les patrons sont montrés du doigt, alors qu'ils n'y sont pour rien. 700 entreprises, toutes les sociétés cotées, c'est beaucoup, sont concernées par ces nouvelles règles, alors que leurs dirigeants gagnent 10 fois moins, 50 fois moins que ce que les traders ont gagné sur les marchés. Tout le monde est mis dans le même bain, au nom de la recherche effrénée et démagogique de coupables. Au fond, beaucoup vont penser que ces règles ne changeront rien , mais ils ont sûrement tort. La crise va avoir des effets aussi dans ce domaine. Ce qui est intéressant, c'est que cette volonté de moralisation, d'efficacité, est mondiale, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis aussi. C'est un sujet global qui doit concerner un certain nombre de métiers pour limiter des abus. Là aussi, ce sont les Etats Unis qui doivent se corriger en premier : entre 2001 et 2007, les patrons des cinq grandes banques d'investissement ont gagné 3 milliards de dollars. Même si une part s'est évaporée en bourse, la France est, heureusement, très loin de ces sommes vertigineuses.

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