La France va accélérer dans le domaine des bio-carburants. Et c’est tout une polémique qui va être relancée. Avec un soutien public, un projet de recherche sur la production de biocarburants dits de deuxième génération va être annoncé, avec deux usines. Petit rappel, les biocarburants sont incorporés dans les carburants classiques tirés du pétrole dans des proportions qui ne sont pas nulles. Dans un litre de sans plomb 95, il y a déjà 6% de biocarburant et çà va monter à 10% d’ici 2020. Où est la nouveauté ? Les biocarburants sont fabriqués à partir de betteraves, de blé et de maïs, pour le bioéthanol utilisé pour l’essence. Et à partir de colza et de tournesol pour le biodiesel dans le cas du gazole. La deuxième génération n’utilisera, pour simplifier, plus seulement des extraits de ces plantes, mais aussi des matières de base, coques, morceaux de bois, résidus, taillis. Bref, on fera de l’essence quasiment avec de la boue. Voilà pour la technique… je m’arrête là, je ne pourrais pas aller beaucoup plus loin ! … Quel est l’enjeu économique et écologique ? Economique, il est très important. La France, très en pointe sur les biocarburants ou agro-carburants, occupe la première place en Europe. Les milieux agricoles ont investi deux milliards d’euros et une douzaine d’usines sont sorties de terre depuis trois ans pour produire trois millions de tonnes de diesel agricole et d’essence verte. Dans ce secteur, on trouve un leader, Sofiproteol, çà vous ne vous dit rien, mais il contrôle notamment les huiles Lesieur. C’est donc une bataille commerciale qui se joue, avec un enjeu : prendre 10%, je citais à l’instant la norme européenne, du marché des carburants. Total regarde cela de près aussi. Et l’enjeu écologique ? C’est le point sensible. Il y a cinq ans, les biocarburants avaient toutes les vertus, notamment leur « propreté ». Mais maintenant, ils sont accusés de provoquer de la spéculation sur les prix des matières premières en détournant les pays pauvres de la production alimentaire pour les besoins d’énergie des pays riches. La production de canne à sucre au Brésil, qui pousse à la déforestation, est dans la ligne de mire. Du coup, les biocarburants sont suspectés : sont-ils vraiment verts et éthiques ? Mais les milieux agricoles et l’Europe estiment possible de poursuivre dans cette voie avec des produits plus écologiques, la seconde génération. C’est un pari parce qu’il faudra au moins 5 à 10 de recherche. C’est la seconde chance des biocarburants, ce sera peut-être la dernière. Quelles leçons tirer de ce débat ? Les leçons politiques, les plus intéressantes sur un sujet un peu pointu. La première est que le verdissement de l’économie prendra du temps, les technologies ne sont pas toutes disponibles. La deuxième est que tous les leviers vont être utilisés, percées technologiques, fiscalité, règlementations mais avec des tâtonnements, des erreurs. La troisième est qu’on peut rêver d’un monde qui remette tout à zéro. Mais cela ne sera pas le cas, le nombre de voitures va par exemple encore augmenter dans de nombreux pays, et les biocarburants ont des défauts. Cela contraint les écologistes à accepter des compromis, de se « mouiller » pour être efficace, parfois même d’avoir les mains sales. C’est parce qu’ils le refusent que beaucoup d’écologistes vont continuer à se faire voler l’écologie.

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