Pour une fois, ce sont les chiffres économiques allemands qui ont inquiété hier. L’Allemagne est-elle sur une mauvaise pente ?

C’est une question a priori surprenante vu d’ici quand on sait que le taux de chômage est passé chez nos voisins sous les 5% de la population active – la moitié du nôtre. Et pourtant, quelques signaux inquiètent. On a appris que la production industrielle a chuté de 4% en août, la plus forte baisse depuis 2009. Et il se murmure qu’après un deuxième trimestre en récession, le troisième pourrait être du même tonneau.

C’est sérieux ?

Soyons honnêtes : la presse allemande n’en a pas fait des tonnes là-dessus et, nous Français, sommes suspects de nous jeter avec gourmandise sur les mauvaises nouvelles allemandes. Que dit alors la presse anglo-saxonne, plus neutre ? Le très américain Wall Street Journal commente ces chiffres par un sobre : don’t panic, but do worry. Pas de panique, mais c’est sérieux. C’est vrai qu’en Allemagne, il y a un certain nombre de débats sur la solidité du modèle allemand. Et si c’était la fin des dix Glorieuses, ces dix années qui ont fait la renaissance de l’Allemagne ? Curieusement, les Allemands sont dans une phase à la fois d’arrogance et d’introspection.

Quelles sont les causes de ce doute – s’il existe ?

Il y a la question archiconnue de la démographie. Il y a celle de l’avenir du modèle économique, fondé sur des exportations industrielles énormes. Quand le Brésil, la Chine etc. seront équipés, que se passera-t-il ? Il y a une autre question de fond : comment un pays qui affiche un excédent commercial de deux cents milliards d’euros par an peut-il avoir une croissance finalement moyenne et des revenus qui grimpent peu ? Où va l’argent ? Bref, pour paraphraser la formule, quand ils comparent, les Allemands se rassurent (sur le chômage ils peuvent), mais quand ils se regardent, ils s’inquiètent.

Mais ce trou d’air allemand ne donne-t-il pas raison à François Hollande sur le soutien nécessaire à la croissance en Europe ?

Si, mais le problème est que Paris est peu crédible pour le dire et Angela Merkel a transformé son avance économique en domination politique. En fait, le débat peut continuer sans fin sur les responsabilités dans la stagnation actuelle : les budgets trop serrés pour Paris, des pays cigales qui doivent se réformer pour Berlin. La réalité, c’est que Paris et Berlin ne parlent pas la même langue. Pour les Allemands, la réussite économique, c’est un petit déficit public et un gros excédent commercial. Pour les Français, c’est la priorité absolue à une consommation qui se tient, et beaucoup d’investissements, peu importe qui les finance.

On y arrivera donc jamais ?!

Le problème est le même depuis 15 ans. Une génération de dirigeants a mis le projet de l’euro au-dessus de tout, et a accepté de se lier les mains monétaire et budgétaire pour servir cet objectif historique. Mais, comme sur un vélo, il aurait fallu continuer d’avancer, de pédaler vers plus d’Europe, pour ne pas tomber. Hélas, la génération actuelle au pouvoir a arrêté pédaler.

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