L'Edito éco de Dominique Seux. Hier, le gouvernement américain a annoncé la quasi-nationalisation de deux établissements financiers majeurs de l'immobilier aux Etats-Unis. Un tournant qui montre à la fois que la crise financière n'est pas finie et que les Américains sont prêts à tourner le dos au libéralisme, quand c'est nécessaire. Ce qui est en cause, c'est l'effondrement des deux établissements qui garantissent les emprunts immobiliers hypothécaires que les banques accordent aux particuliers. Ils répondent aux doux noms de Fannie Mae et Freddie Mac. Le premier a été créé en 1938 par Roosevelt, en pleine dépression économique déjà. Ils sont énormes puisqu'à eux deux, ils garantissent 5.200 milliards de prêts, 40 % de tous ceux qui ont été souscrits aux Etats-Unis. Le problème, c'est que plusieurs millions de familles n'arrivent pas à rembourser les prêts qui n'auraient jamais dû leur être consentis parce qu'ils étaient trop lourds pour eux. Et du coup, Fannie et Freddie sont au bord de la catastrophe. C'est pour cela qu'hier, la décision a été prise de les mettre sous tutelle alors même qu'ils sont cotés à Wall Street. Le gouvernement ne les reprend pas directement mais il pourra injecter jusqu'à 200 milliards de dollars, à la charge du contribuable. Cette intervention n'est pas la première, mais elle est historique. Beaucoup de choses à dire sur les leçons de ce sauvetage. On peut remarquer que comme dans les westerns, la cavalerie, en clair, l'intervention des politiques, se fait attendre, mais elle finit par arriver. Que les Américains, quand il le faut, savent être pragmatiques et oublier leurs principes traditionnels. L'Etat avait déjà sauvé les caisses d'épargne à la fin des années 1980 et avait aidé les compagnies aériennes après les attentats de 2001. Il y a six mois, une banque d'affaires, Bear Stearns, avait été renflouée aussi. Deux autres points paraissent intéressants, deux points qui surprennent davantage ici, en France. Le premier, c'est que le Trésor américain ne prend pas de gants avec les dirigeants de Fannie May et Freddie Mac, qui sont écartés. Tous les conseils d'administration seront renouvelés. La sanction d'une gestion calamiteuse, celle qui a fait prendre des risques inconsidérés, est claire. Second point, c'est quand même la faillite aussi des pouvoirs publics qui n'ont pas surveillé ces établissements et tout l'ensemble du système immobilier. Partout, l'appât du gain l'a emporté. Cette intervention signifie surtout que la crise financière n'est pas finie. On commente beaucoup l'évolution de la croissance, celle du chômage, les difficultés économiques, en Europe, aux Etats-Unis. Mais on voit bien que la mèche qui a allumé tout cela, la crise financière, cette mèche brûle encore. C'est d'ailleurs, franchement, une source d'étonnement pour certains. Un an après le point de départ, on continue à découvrir les difficultés, les risques pris par les banques, tout ce qui est caché sous le tapis. Cela met du temps à apparaître alors que l'idée actuelle est que tout va vite en économie. Ce qui est inquiétant aussi, c'est que l'on voit avec Freddie Mac et Fanny Mae que les Etats, à Washington, à Londres ou ailleurs, savent installer des pare-feux pour bloquer l'incendie. Mais il faut noter que la prévention avance peu. Il y a eu peu d'initiatives pour qu'un autre incendie ne se reproduise pas. Des rapports, oui, des discours, oui, mais pas de décisions. Jusqu'à quand ?

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