**La France va donc vendre au Brésil 36 avions de chasse Rafale... Une bonne opération économique ou politique, Dominique ?Attention, l’affaire n’est pas conclue, le contrat final sera signé en 2010, pour l’instant les concurrents de Dassault ont été écartés. En fait, je devrais dire les concurrents de Nicolas Sarkozy. Car c’est bien lui qui « vend » ces avions plus que Dassault. C’est bien par là que l’opération est politique avant d’être économique. Dans l’armement, la politique est encore plus présente que pour les TGV, les Airbus, c’est un peu comme le nucléaire. Les relations personnelles, les rapports de forces sont la clé de tout. Si Dassault a connu beaucoup d’échecs, c’est surtout à cause de la politique. En Corée, les Français avaient 0 chance face aux Américains qui ont des dizaines de milliers de soldats sur place. A Singapour, en Israël, c’est la même chose. Au Maroc, l’échec de 2007 est plus grave parce qu’il résultait de bagarres entre les administrations et les industriels français. Au Brésil, le lobbying sarkozien et l’envie d’Ignacio Lula de faire un pied de nez aux Américains ont donc pesé lourd. Mais la politique ramène souvent à l’économie…Oui, d’abord, ce contrat de 5 milliards d’euros aura des conséquences pour la France. L’Elysée parle de 6.000 emplois sur quatre ans, chez Dassault, et chez les sous-traitants, Thales, pour l’électronique, Snecma, pour les moteurs, mais aussi des dizaines d’autres. Mais pour avoir ce contrat, pour emporter le morceau, les Français ont dû faire d’énormes concessions. Ils ont accepté des transferts de technologie qui font qu’à terme le Rafale sera plus franco-brésilien que français tout seul. Très concrètement, sur les 36 avions, Dassault en assemblera 6 en totalité à Mérignac, en Gironde, les autres utiliseront beaucoup de pièces venant du Brésil. Et puis, à partir du 37ème avion, les Rafale seront fabriqués au Brésil, qui pourra les vendre à d’autres pays. C’est d’ailleurs le premier point intéressant : les pays émergents ne sont plus des clients, ils sont des partenaires qui, demain, seront des concurrents. On l’a déjà vu avec l’usine d’Airbus en Chine. Dassault peut pousser un "ouf" de soulagement?A court terme, l’horizon s’éclaircit. Surtout qu’avant la fin de l’année, un contrat avec les Emirats arabes unis devrait être signé. Jusqu’à maintenant, seule l’armée française avait commandé des Rafale. La France, qui a décidé il y a 25 ans de faire cavalier seul en Europe, espère rester dans la course de l’aéronautique militaire. Cela lui coûte très cher, près de 30 milliards d’euros, et l’on n’est pas sûr que l’armée tricolore ait besoin des 300 Rafale commandés à Dassault. Cela étant, même avec ces contrats à l’étranger, la partie va être rude. Aujourd’hui, il y a six avions de combat en lice, parmi lesquels le F-18 vieillissant de Boeing, les Mig russes, l’Eurofighter européen mais surtout le F-35 de l’autre américain, Lockheed Martin. C’est celui-là qui pourrait écraser tout le monde. Savoir qui seront ses challengers, et si l’enjeu est vital, c’est un sujet autant politique qu’économique. Pour la France, l’indépendance nationale est peut-être sans prix, mais elle a quand même un coût.**

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