On l’a dit et redit : hier, il y a eu beaucoup de monde dans les manifestations. Est-ce une surprise ?

C’était attendu puisque tout le monde annonçait un mouvement d’ampleur – et il l’a été largement, (même si certains chiffres font sourire : à Marseille, 27 000 manifestants selon la police, 200 000 selon les syndicats !). Sur le fond, cela n’est pas étonnant non plus. Cette réforme, à titre individuel, pour chacun, ne constitue pas une bonne nouvelle. Personne ne saute de joie à l’idée de travailler plus longtemps. Bref, cette réforme fait mal et suscite des réactions, c’est logique. Il y a aussi un autre élément. D’une certaine manière, ces cortèges, ces grèves expriment l’inquiétude contre la dureté générale des temps. Ce n’est pas un hasard si cela se produit après deux ans de crise économique. Depuis deux ans, on a vu valser les dizaines, les centaines de milliards de soutien aux banques, de relance, des déficits. Et du coup, les chiffres ont perdu de leur sens : 30 milliards manquant sur les retraites, cela paraît paradoxalement faible, le discours sur les comptes tombe à plat. C’est une erreur, c’est regrettable, mais c’est ainsi et le gouvernement a sous-estimé cet aspect des choses.

Une mauvaise nouvelle, d'abord pour le Gouvernement ?

Oui, il aurait préféré un flop. Les analyses politiques subtiles ont beau expliquer que Nicolas Sarkozy a besoin de la contestation pour montrer qu’il réforme vraiment, la réalité est qu’il va devoir faire des concessions - concessions d’ailleurs déjà dans l’air depuis plusieurs jours (pénibilité notamment). Les syndicats, eux, affirment vouloir le faire bouger sur le cœur du cœur du projet, le passage de 60 à 62 ans. Mais, à la différence de ce qui s’était passé au moment du CPE, le président a un atout en mains : la majorité est derrière lui. La réalité, aussi, est que ce qu’a dit François Fillon hier aux députés socialistes vaut aussi pour les syndicats : sur les retraites, ils ont été contre les réformes de 1993, de 2003 – sauf la CFDT - et de 2007. Or, elles se révèlent insuffisantes. Si la réforme de 2010 n’est pas parfaite, il y a un doute sur la crédibilité de ceux qui la rejettent en bloc. Eric Woerth a redit hier soir que l’avenir du système de retraite par répartition était en jeu.

Réalité ou intox ?

L’idée doit être regardée : si les déficits se creusent à nouveau ou si une réforme alternative passe une fois de plus par la hausse des cotisations (hausse dont on aura besoin pour l’assurance maladie), les générations suivantes, par exemple celle qui a 30 ans aujourd’hui, finiront par refuser de payer toujours davantage pour payer les retraites des autres alors qu’ils sont certains de ne pas en bénéficier. Le statu quo, c’est encourager chacun à mettre de plus en plus d’argent de côté sur des produits d’épargne comme l’assurance vie. Jusqu’à ce que le système par répartition apparaisse secondaire.

Que lisez-vous dans votre boule de cristal sur la suite des manifestations ?

Les prévisions sociales font apparaître les astrologues pour des gens sérieux ! Sérieusement (si on prend un peu de champs et au-delà du projet), l’inquiétude des opinions publiques dans les pays développés se nourrit du sentiment que, dans la mondialisation et le rééquilibrage du monde, beaucoup de ce qui nous a été donné (acquis) depuis des décennies risque d’être repris. Ce n’est pas par hasard si, partout, les dirigeants sont impopulaires.

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