La France va-t-elle résister à la crise de la dette publique ?

A vrai dire, le débat fait rage chez les experts. Je vous propose donc de faire deux colonnes, les arguments encourageants et les éléments inquiétants. Commençons par le bon côté.

D’abord, la France est toujours notée AAA par les trois grandes agences de notations. Les pythies du marché disent donc que la France pourra continuer à rembourser sa dette sans problème, alors qu’il y a des doutes même sur les Etats-Unis.

Ensuite, le gouvernement fait de vrais efforts. En 2009, il avait plutôt bien calibré son plan de relance, mieux que la plupart des autres pays. Depuis, il a gelé la dépense publique. Il a augmenté les impôts en rabotant les niches fiscales, même s’il a juré que ce n’était pas des hausses d’impôts. Et il a réformé les retraites. Hier, le responsable de la notation des Etats chez l'agence Standard and Poors soulignait ainsi que le recul de l’âge de la retraite était, je cite, « une bonne mesure (…). Le gouvernement a connu beaucoup de contestation de la rue mais il n'a pas cédé à cette pression, ce qui souligne la crédibilité de l'exécutif pour prendre des mesures difficiles ».

Enfin, le contribuable français supporte une pression fiscale exceptionnelle, l’une des plus lourdes au monde, sans signe d’allergie comme ce qu’on peut voir ailleurs. Et cela rassure nos créanciers.

Alors maintenant l’autre colonne, celle qui fait mal.

Commençons par le plus vexant : il coûtait hier plus cher de s’assurer contre un défaut de paiement de l’Etat français que contre un défaut tchèque, mexicain ou thaïlandais.

Et c’est vrai que si la dette française est très inférieure à celle de l’Italie ou de la Grèce, elle dépasse celle de l’Espagne et surtout le gouvernement a du mal à la contenir. Depuis 2007, notre déficit a été chaque année supérieur à celui de l’Italie.

Le gouvernement a pris l’engagement de ramener le déficit de près de 6% cette année à 3% en 2013, mais avec des prévisions de croissance et donc de rentrées fiscales trop optimistes. Cette échéance de 2013 va venir vite. Il va falloir serrer la vis très fort juste après l’élection présidentielle. Et ce n’est pas dans la tradition, puisque l’élu commence généralement son mandat en distribuant des cadeaux comme François Mitterrand en 1981, Jacques Chirac en 2002 ou Nicolas Sarkozy en 2007.

Comment éviter le risque du dérapage budgétaire ?

Nicolas Sarkozy veut introduire une règle d’or pour contraindre tout gouvernement, quel qu’il soit, à ramener le déficit dans les clous. Pour passer, cette réforme constitutionnelle doit obtenir 60% des voix des députés et sénateurs, ce qui suppose le vote de certains élus socialistes. Si le PS refuse, l’UMP aura beau jeu de l’accuser de laxisme. Le socialiste François Hollande tente de déjouer le piège en proposant aujourd’hui dans « Les Echos » une autre méthode, un engagement du Parlement à faire revenir le déficit au-dessous de 3% en 2013, comme promis.

Et nous voici revenus à la campagne présidentielle.

La crise de la dette publique crée un nouveau décor, qui est pour l’instant plutôt favorable à la majorité. Nicolas Sarkozy est très bon, ou en tout cas très convaincant en temps de crise, son Premier ministre François Fillon est crédible sur la question des économies budgétaires puisqu’il parlait déjà de faillite il y a quatre ans, et même le nouveau ministre de l’Economie François Baroin parvient à profiter de l’occasion pour se faire entendre sur la scène internationale. En face, les socialistes sont en train de se résoudre à adopter à contrecœur un discours d’austérité, mais ils avancent. Et qui sait ? Si la situation économique se dégrade encore, ce qui n'est hélas pas exclu, peut-être aurons-nous dans deux ans un gouvernement d’union nationale, comme en temps de guerre.

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