Aujourd’hui Jean-Marc Vittori : livre numérique… Au moment de partir en vacances, il y a souvent un moment critique : la fermeture de la valise. En tentant de trier à nouveau le nécessaire et l’indispensable, on tombe fatalement sur les livres que l’on veut emporter en espérant avoir enfin le temps de lire. La solution de ce problème vieux comme les congés payés existe : c’est le livre numérique, le e-book, que l’on peut lire sur une liseuse – c’est le terme recommandé par le Journal officiel du 12 avril dernier pour désigner ces tablettes électroniques dédiées à la lecture. Si on commence à voir des lecteurs plongés dans leur liseuse dans le train ou le métro, ce n’est pas pour l’instant le boom malgré les efforts d’entreprises comme Amazon avec son Kindle à petit prix. Il y aurait à peine un demi-million de Français équipés. Mais ce n’est sans doute qu’une question de temps.Aux Etats-Unis, un livre vendu sur six l'est sous une forme numérique, et aux Royaume-Uni ça va aussi très fort. En France, il pourrait y avoir un basculement le jour où le nombre de titres proposés sera jugé suffisamment important par les consommateurs. Le livre numérique, qu’est-ce que ça va changer sur le plan économique ? D’abord, pour les producteurs de livres, les éditeurs, c’est une révolution. Leurs méthodes de travail n’avaient pas beaucoup changé depuis Gutenberg, même si les maisons d’édition sont truffées d’ordinateurs. Ils doivent désormais fabriquer des formats électroniques. Ca pose des questions techniques mais aussi commerciales : comment déterminer le prix pour ne pas tuer le papier tout en attirant le maximum d’acheteurs ? Ensuite ils peuvent mieux connaître leurs clients et ça leur ouvre de nouvelles perspectives. L’éditeur Eyrolles, par exemple, se sert du numérique pour tester des titres. Si ça vend, alors on imprime.Pour les libraires, le livre numérique constitue une menace majeure. On achète un livre numérique par ordinateur et non dans un magasin. C’est un bel exemple de la dématérialisation de la production, déjà accomplie avec la musique, dans ce qu’on appelait autrefois l’industrie du disque.Et pour les auteurs ? Le changement le plus profond est sans doute là : c’est l’autoédition. Avant, pour publier un livre, il fallait passer par un éditeur qui faisait un tri drastique, qui conseillait l’auteur pour améliorer son texte, qui s’occupait de la fabrication et de la vente, et qui reversait au final 8 à 10% du prix du livre à l’auteur. Avec l’édition numérique, il devient possible de court-circuiter cette chaîne de production à la fois longue et coûteuse – un auteur gagne autant d’argent avec un livre numérique autoédité à 3 euros qu’avec un livre à 20 euros. Ce court-circuit est déjà une réalité : parmi les livres les plus vendus par Amazon pour son Kindle, il y a une majorité de livres autoédités, aux Etats-Unis mais aussi en France. En Amérique, Amanda Hocking, 27 ans, est devenue millionnaire en vendant ses histoires de vampires. En France, David Forrest, a vendu plus de 13.000 exemplaires de son polar tiré « En série ». C’est la fin de la mécanique des bestsellers ? Non, pas du tout. De plus en plus, il y aura demain dans l’édition mais aussi dans beaucoup d’autres domaines de la vie économique des best sellers planétaire qui se vendront à des millions d’exemplaires. Et à l’autre bout de la chaine, des millions de produits qui se vendront à quelques centaines d’exemplaires mais qui feront le bonheur de ce qui les achèteront. La très grande industrie d’un côté, l’artisanat à prix raisonnable de l’autre côté. Avec un grand trou noir entre les deux, ce qui nous emmène vers une société émiettée qui reste à inventer.

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