Les chiffres publiés hier montrent une forte dégradation de notre commerce extérieur au premier semestre

On s’était laissé bercer par l’idée que l’économie allait mieux, que la croissance repartait et que le chômage avait clairement passé la marche arrière mais l’annonce hier des résultats catastrophiques du commerce extérieur nous ramène à la dure réalité. Loin de se réduire, le déficit commercial s’est creusé de plus de 8 milliards d’euros au premier semestre et le trou atteint 34 milliards d’euros, un record depuis 2012. Cette nouvelle dégradation est alarmante au moins pour trois raisons :

D’abord elle tend à confirmer que la mesure phare du précédent quinquennat, le fameux CICE, Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi n’a pas fonctionné. Son ambition, c’était de redresser la compétitivité des entreprises en réduisant le coût du travail. Eh bien c’est raté. C’est précisément la faiblesse de l’industrie manufacturière qui est la principale cause de la nouvelle dégradation de notre résultat commercial. Cet échec est dommageable pour l’industrie qui ne parvient pas à améliorer ses performances… Il l’est surtout pour le contribuable puisque le CICE mis en place à partir de 2013 a quand même coûté quelque 20 milliards d’euros par an au budget national.

Deuxième constat navrant : le déficit commercial français est désormais structurel. Cela veut dire que chaque fois que l’activité repart dans notre pays, cela se traduit invariablement par plus d’importations que d’exportations. L’industrie française est donc incapable de répondre à toute demande additionnelle quand elle se présente

Et ce mauvais chiffre accroît l’écart notamment avec nos partenaires allemands…

En effet. Au moment même où la France publiait ses chiffres hier, l’Allemagne publiait les siens. Le choc est rude. Elle affiche pour le premier semestre un excédent de 122 milliards d’euros contre je le rappelle un déficit de 34 pour la France. L’écart entre les deux pays est tout simplement abyssal.

De plus, année après année la France perd des parts du marché allemand…

Oui, elle les perd au profit des pays de l’est et de la Chine qui nous a chipé l’an dernier notre place de premier partenaire de l’Allemagne.

L’automobile, l’agroalimentaire, les cosmétiques, jadis fers de lance de l’industrie française ne profitent pas du regain de croissance outre-Rhin. Le constat est connu : le made in France souffre d’un positionnement « milieu de gamme » qui ne trouve pas preneur en Allemagne où l’on recherche soit des produits à petits prix soit du haut de gamme.

Autre faiblesse, le tissu économique français continue à compter trois fois moins d’entreprises exportatrices qu’en Allemagne.

Le plus désespérant c’est sans doute de constater que le commerce extérieur français a commencé à déraper il y a 15 ans, et que rien depuis lors n’a permis d’enrayer cette dérive dramatique

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