L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____C’est une information presque historique : les comptes de la Caisse des dépôts sont passés dans le rouge pour la première fois depuis… 1816. Il s’agit du résultat de l’exercice 2008, qui sera bientôt détaillé. Pour la première fois, donc, depuis sa création à la Seconde Restauration, la vénérable Caisse des dépôts et Consignations va afficher une perte de 1,5 milliard d’euros. Alors, avant tout, il faut rappeler ce qu’est la Caisse et son rôle exact. En réalité, une de ses activités est connue : c’est la centralisation de la majeure partie des fonds du Livret A et de l’épargne logement, très appréciés des Français. Mais la « CDC » a bien d’autres missions. En direct, elle gère des régimes de retraites, elle est le banquier de la sécurité sociale, elle finance des programmes de rénovation urbaine et des logements sociaux. A travers des filiales, elle contrôle aussi des domaines skiables et des transports publics surtout en province. Bref, tous, nous la croisons tous les jours, sous une forme ou une autre. Mais le sujet d’aujourd’hui, c’est en fait un troisième pilier, le rôle de la Caisse comme investisseur. Sa mission, c’est d’être le “ bras armé de l’Etat ”. Et ce bras, justement, est un peu fatigué, ou un peu trop lourd ! La Caisse n’a pas trouvé des actifs toxiques dans ses comptes, comme la plupart des banques. Mais la crise joue de deux façons. En premier lieu, il faut savoir que la Caisse est le premier ou le deuxième actionnaire d’une entreprise du CAC 40 sur trois, par exemple la Société Générale ou le groupe hôtelier Accor. Mais, avec la chute boursière, ses actions ont fondu, et comme les règles comptables obligent à tenir compte de la valeur actuelle même si aucun titre n’a été vendu, il y en a pour un milliard d’euros de moins values. Deuxième raison, la Caisse des dépôts a dû voler au secours de la banque Dexia, ça lui a coûté cher et au prix fort. Enfin, elle a aidé le groupe de BTP Eiffage à sortir d’une bagarre avec l’espagnol Sacyr. Et voilà pourquoi les comptes plongent de 1,5 milliard après un bénéfice 2007 de 2,5 milliards. Mais est-ce que ces pertes sont un vrai problème ? Oui et non. Ou plutôt non et oui. Non parce que la solidité de la Caisse des dépôts n’est pas en cause, elle poursuit ses missions. Mais oui quand même, cela pose quelques difficultés. D’abord, des pertes, cela veut dire que quand le bras est trop lourd, il faut le reposer. La Caisse a d’une façon ou d’une autre injecté 50 milliards d’euros contre la crise. C’est normal, elle est là pour ça. Mais le gouvernement ne peut pas lui en demander plus, il ne peut pas lui demander n’importe quoi. Ce serait un comble de fragiliser, alors que les banques privées ont fait des erreurs, la seule institution financière publique. Enfin, les pertes vont obliger à revoir quelques projets. Par exemple, Nicolas Sarkozy voudrait que la Caisse apporte de l’argent frais à La Poste quand elle ouvrira son capital. C’est mal parti. Conclusion, un : il ne faut pas inquiéter les Français qui n’ont pas de raison de l’être sur leur épargne populaire. Deux : l’idée souvent avancée un peu martialement que la Caisse peut être le fonds souverain à la française, comme en ont la Norvège, la Chine ou les Emirats Arabes, Dubaï, le Koweït, n’est pas d’actualité. Et elle fait sourire. Et elle fera peut-être encore sourire en 2016, pour le 200ème anniversaire.

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