Avec ce matin une question un peu provocatrice : la France a-t-elle besoin d’une Margaret Thatcher ?

La question est provocatrice parce que la France a une image médiocre de Thatcher. Elle est associée, avec Reagan, à la révolution conservatrice qui a ensuite déferlé sur le monde. Généralement, on ajoute le fait qu’ils ont été tous les deux à l’origine de la crise financière de 2007/2008. C’est en partie vrai et faux, on y reviendra. Mais ce qui frappe le plus est autre chose : la ressemblance entre l’état d’esprit du Royaume-Uni quand Thatcher est arrivée au pouvoir, en 1979, et l’état d’esprit de la France aujourd’hui. Le défaitisme ; le sentiment que le pays s’enfonce ; bref le déclinisme, comme on dit maintenant.

Cette comparaison ne résiste pas aux faits, si ?

Dans le détail, non. Il y a trente ans, le Fonds monétaire international était à la porte de Londres, l’inflation était à 25%, l’industrie coulait, le pays était en grève quasi-permanente ; on n’en est pas là sauf que les caisses étaient vides comme aujourd’hui en France. Mais le parallèle, encore une fois, est que les Britanniques avaient alors le sentiment de l’impuissance des politiques. Cela nous rappelle quelque chose.

Et qu’a apporté Margaret Thatcher ?

Une volonté et des idées claires et simples, parfois vraies, parfois fausses. Mises en œuvre parfois avec talent, parfois avec une brutalité sociale insupportable. Mitterrand disait d’elle : la bouche de Marilyn Monroe et les yeux de Caligula et de Staline ! Sur le plan économique, ses résultats immédiats, en dépit des baisses d’impôt, de la régulation, des privatisations, ont été mitigés en dehors de la lutte contre l’inflation. Mais elle a semé l’idée que le mérite personnel, le travail, des valeurs victoriennes, peuvent permettre à chacun de s’élever (au prix d’inégalités) et qu’il n’y a pas de fatalité.

Bon, mais son héritage lointain, c’est la crise de 2007 ?

La vulgate dit cela, et cela arrange beaucoup de monde de le penser. C’est très exagéré, ou alors la crise a beaucoup de pères et mères spirituels. La dérégulation financière a pour pères directs Bill Clinton et Alain Greenspan, de la Réserve fédérale ; et l’endettement immobilier, c’est George Bush.

Et pourquoi faudrait-il un peu de thatchérisme en France ?

Il faudrait une pincée, un zeste, un nuage de lait de thatchérisme, pas plus, mais un peu quand même. En dehors des privatisations, la France n’a pas été touchée par la révolution conservatrice : ses dépenses publiques sont les plus élevées, ses impôts aussi – durablement son chômage aussi d’ailleurs. Il n’y jamais eu de coupes dans les aides sociales. Un peu de thatchérisme, ce serait un peu moins de consensus mou qui fait que l’on bouge par millimètre, ce serait un peu plus de micro-économie, de souci de l’économie des entreprises, pas uniquement de la macro-économie, un peu d’optimisme et de leadership. La France est un pays étrange et fier : elle a rejeté Thatcher et Schroeder, elle rejette Monti et Merkel ; elle doit du coup toujours inventer sa voie. D’urgence. Un clin d’œil que beaucoup comprendront : il n’y a pas d’alternative.

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