Vous commentez évidemment le discours de Manuel Valls hier. Réussi, selon vous ?

Oui, réussi – sur le ton – (dynamique, sincère semble-t-il, sans complexe) – et réussi aussi pour l’essentiel sur le fond. Au-delà, ce qui est intéressant, c’est que ce discours constitue la troisième étape du chemin parcouru par la gauche depuis 2012 sur l’économie. Avec une ligne de plus en plus pro-entreprises. La première étape, c’était à l’automne 2012, avec le rapport Gallois et le Pacte de compétitivité et François Hollande assumant le social-libéralisme. La deuxième étape, c’est la conférence de presse du 14 janvier de cette année, avec la promesse d’une nouvelle baisse du coût du travail et d’économies dans les dépenses publiques. Et hier, troisième étape, Manuel Valls va encore plus loin. Evidemment, la question qui arrive, c’est : pourquoi ce qui pour l’instant, n’a marché ni sur le plan économique ni électoral marcherait maintenant ?

Bonne question : et la réponse de Manuel Valls, c’est ?

Sa réponse, c’est d’assumer plus encore la politique de l’offre. Pour dire vrai, c’est Hollande et Ayrault qui ont tout préparé, mais c’est Manuel Valls qui annonce, cruauté de la politique ! Alors, je ne vais pas vous noyer sous les chiffres. Mais le Premier ministre a annoncé près de 20 milliards en faveur des entreprises (qui iront de 2015 à 2020). Avec les 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité déjà votés, cela fait 40 ! Même si c’est un coup d’accordéon après le tour de vis du début, c’est beaucoup. Il faut que çà marche. Maintenant, prévenons les auditeurs : pour les bas salaires, il y aura par ailleurs 42 euros en plus par mois, mais que personne (hélas) n’imagine que l’impôt sur le revenu à payer cette année par tous les autres sera plus léger. Je dis cela parce que les déclarations de revenus vont commencer aujourd’hui à arriver dans les boîtes aux lettres ! Les classes moyennes repartent bredouille du discours d’hier.

Mais à tout cela il y a un prix, une victime…

Le prix, c’est que le gouvernement finance ses baisses d’impôt à crédit. Il en fait plus pour la compétitivité, il en fera moins pour diminuer les déficits. Pas question ici d’être un taliban de la réduction des déficits, mais c’est assez incroyable d’étaler le calendrier avant même d’avoir esquissé l’ombre du début d’une économie concrète ! Les 50 milliards sont devenus une sorte de monstre du Loch Ness dont tout le monde parle sans jamais les voir. Les esprits les plus suspicieux – il y en a – se diront même qu’avec les annonces sur les régions et les départements pour 2017 et 2021, le gouvernement essaie d’acheter la compréhension de Bruxelles et de Berlin et que c’est du vent. Mais on n’est pas obligé d’être suspicieux et on peut y croire !

Au total ?

Manuel Valls fait un bon début – on verra l’exécution. Ce qui est étrange, c’est ce choix d’annoncer des dispositions qui s’appliqueront en 2015, 2016, 2017 mais jamais tout de suite alors que les difficultés économiques sont ici et maintenant. A Rome, Londres et Berlin, les 100 premiers jours veulent dire quelque chose. Ici, le changement c’est toujours pour demain.

Pour finir, une petite surprise préparée par André Manoukian…

Il a mis en musique une des phrases de conclusion du discours, celle par laquelle Manuel Valls rend hommage à la France…

Analyse musicale d’André Manoukian

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.