Ce matin : quand la politique interagit avec l’économie. En bien. Ou en mal.

Commençons par le bien ! Deux exemples montrent que la politique, voire la politique politicienne, peuvent jouer dans le bon sens sur l’économie. Premier exemple, ce qui s’est passé hier avec le plan investissement de Manuel Valls. Aider l’investissement, c’est bon pour la croissance, c’est ce qui manque à la reprise. Et le coup de pouce donné aux entreprises constitue une mesure suffisamment simple pour les chefs d’entreprise. Donc, économiquement, bravo. Mais ce qui tombe bien aussi, c’est que, politiquement, le mot et l’idée d’investissement sont les seuls qui mettent d’accord aujourd’hui gouvernement, frondeurs du PS, écologistes et Medef. D’où l’utilisation de ce levier. Là, économique rime avec politique, dans le sens de l’intérêt général.

Deuxième exemple ?

Oui, où la raison politique, là encore, aide l’économie. Michel Sapin dévoile aux Echos ce matin ses projections sur la croissance et les comptes publics d’ici 2017. Ce qui est intéressant est que le pouvoir a pêché par optimisme depuis 2012 et Michel Sapin aussi sur l’inversion de la courbe du chômage. Cette fois, pour éviter le ridicule dans 3 ans, il est d’une prudence de Sioux sur la croissance : 1% cette année, 1,5% seulement ensuite. Il a raison car mieux vaut avoir des bonnes surprises que des déceptions. Savez-vous comment Sapin fait de l’humour sur lui-même ? Il se méfie, dit-il, des courberies de Sapin ! C’est drôle non ?

Mais la politique politicienne a parfois des effets délétères.

On en a un exemple magistral sur les tarifs d’autoroute. Depuis des semaines, le gouvernement est empêtré dans cette affaire : Ségolène Royal a annoncé au début de l’année le gel des tarifs - on allait voir ce qu’on allait voir screugneugneu. Le problème, c’est que le droit penche du côté des sociétés d’autoroutes, et les contrats prévoient une augmentation des prix de 0,57% cette année. Mais Ségolène Royal ne veut pas perdre la face. Voilà les coulisses. Dans la nuit de dimanche à lundi, elle s’accroche à une hausse de 0,3% (c’est la moitié). Les autoroutes sont presque d’accord. Et puis hier matin -à ce micro ici-, elle se dit qu’elle peut tenter le coup du gel complet. Et persuade in extremis François Hollande, juste avant le conseil des ministres, que c’est la bonne solution. Manuel Valls n’a pas le choix : il l’annonce à midi. Problème : ni les directeurs de cabinet de Bercy, de Royal et de Matignon, ni les autoroutes n’étaient au courant. Imaginez l’ambiance. Or, cela ne concerne pas que les automobilistes (ravis eux) ; l’Etat voudrait que les autoroutes financent des milliards d’euros de travaux -c’est bon pour la croissance. Mais pas question pour elles de perdre sur tous les tableaux. Du coup cela a négocié cette nuit pour qu’Emmanuel Macron puisse annoncer un accord peut-être ce matin. Quand la politique et l’affectif polluent l’économie, on vire à l’abracadabrantesque et au vaudeville.

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