.Edouard Philippe a lancé hier un avertissement aux hauts fonctionnaires. Il travaille à une réforme de l'ENA. mais la vraie question est de savoir pourquoi les fonctions les plus prestigieuses dans l'Etat sont des fonctions de contrôle et non d'action.

L'école nationale d'administration à Strasbourg
L'école nationale d'administration à Strasbourg © AFP / PATRICK HERTZOG

Le Premier ministre leur avait demandé d’assister à la matinée de restitution du Grand débat au Grand Palais à Paris. Il les a remerciés de leur investissement professionnel. 

Mais il a surtout tenu un discours très ferme en direction des directeurs et directrices des administrations centrales, en clair les patrons des ministères : il faut que vous produisiez, les a-t-il enjoint, moins de normes et davantage de solutions

Cette phrase n’est pas tombée par hasard. Les Gilets Jaunes sur les ronds-points comme les contributions des Français expriment un grand ressentiment contre le fonctionnement et l’organisation de l’action publique. Sur les Français qui se sont exprimés sur le sujet, 90% veulent revoir ce fonctionnement. 

Emmanuel Macron et Edouard Philippe travaillent effectivement sur une réforme de l’ENA, qui forme actuellement 80 hauts fonctionnaires par an. Sur la table, il y a la question de l’endogamie d’une école réservée dit-on aux élites culturelles et la volonté de l’ouvrir socialement – très bien. Il y a aussi la fin de l’intégration dans les grands corps : les élèves n’y accéderaient qu’après avoir fait leurs preuves sur le terrain. – très bien encore. 

Mais sans être un expert, il y a un élément qui frappe l’observateur. Quels sont les grands corps, que choisissent en priorité les meilleurs élèves en sortie d’école ? L’Inspection des Finances, le Conseil d’Etat, la Cour des Comptes. Ce sont des corps de contrôle, pas des corps voués par principe à l’action. Je sais que ceux qui atteignent ce Graal irriguent les cabinets ministériels et les administrations. 

Mais pensons-y un instant : les corps de l'élite administrative de la Nation sont des corps dont la mission est d’édicter des normes, on y revient, et de contrôler ceux qui sont sur le terrain. 

Voilà le Paradis pour les plus beaux cerveaux. Ce n’est pas d’être dans l’action. La norme plutôt que les solutions : voilà le vice de départ qui en dit long sur les hiérarchies que se donne un pays. 

Bon, mais en quoi est-ce un édito économique ? Ecoutez, laissez-moi retomber sur mes pieds. Dans les entreprises aussi, il est paradoxal, si on y réfléchit un peu, que par exemple les responsables financiers soient considérés comme plus importants que les responsables commerciaux, de l'innovation ou des ressources humaines. 

Le contrôle versus l’action, cela peut nous emmener assez loin je crois.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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