Chaque jour qui passe, la pression pour redémarrer l'économie augmente. Sauver une personne de 60 ans à l'hôpital n'a pas de prix. Mais les "morts" économiques existent aussi.

Quand relancer l'économie ?
Quand relancer l'économie ? © Getty / Somyot Techapuwapat / EyeEm

On l’a vu depuis février, le choix a été fait de privilégier la protection des plus fragiles face au virus, et d’abord les plus âgés. Les économies, en France et ailleurs, ont été arrêtées sur ordre sanitaire et non pas parce qu’elles étaient cassées. 

Mi-mars, on l'a déjà oublié, il y a eu un débat au sein du pouvoir : jusqu’où faut-il que l'économie s’arrête en France ? L'idée de donner la priorité à la santé acquise, il fallait aller dans le détail.

- Les équipes sociales, l’œil rivé sur les courbes hospitalières, souhaitaient qu’un nombre très limité d’entreprises restent ouvertes : pour faire court, l’agroalimentaire et les pharmacies.  Les secteurs dits stratégiques.

- Les équipes économiques ont expliqué que l’agroalimentaire ne fonctionne pas sans l’emballage, que les médicaments, il faut les fabriquer et qu’on a besoin d’entretenir les réseaux d’eau, d’électricité, etc.  Bref, qu'il y a beaucoup de secteurs stratégiques.

Elles ont expliqué aussi que si on arrête tout, les "morts" (entre guillemets) économiques seront nombreux. Car ce sont les plus précaires, travailleurs ou très petites entreprises, qui tombent les plus vite à terre. 

Arbitrage terrible. 

Alors, où en est-on ?

Aujourd’hui, l’économie tourne globalement autour des deux tiers, un tiers si on regarde seulement le secteur productif. Chaque mois de confinement produit (si on peut dire) une récession annuelle de 3%. Donc ce sera 6% à 10% si cela dure deux ou trois mois. 

Une fois cela dit, qui souffre ? Tout le monde ne se trouve pas dans la même situation. 

Côté revenu, les retraités, les fonctionnaires et les agents des services publics comme EDF, les salariés en chômage partiel, ceux qui ont droit à une indemnité chômage et aux revenus sociaux minimum n’ont pas à s’inquiéter : ils sont quand même plus de plus vingt-huit millions, peut-être trente. Ceux qui télétravaillent non plus. 

Tous ceux-là consomment peu et épargnent, ils pourront re-dépenser plus tard. Mais vous connaissez la formule : "mes dépenses sont vos revenus". 

Ce sont donc, avant les revenus, les entreprises qui souffrent, et d’abord, en nombre, les plus petites, sans chiffre d’affaires : fleuristes, prêt-à-porter, artisans, tourisme, restaurants etc.

Tout dépendra en définitive de la durée du confinement

Plus il durera, plus le nombre des entreprises augmentera et plus le coût pour les finances publiques va être énorme -il va être énorme. Et voilà comment on revient sur l’arbitrage santé-économie. 

On commence à entendre une petite musique, du côté libéral et des plus jeunes, répétant qu’il faut alléger vite le confinement à cause des dégâts économiques. On ressort des calculs estimant chaque vie à 3 millions d'euros.

Il faut y réfléchir et un déconfinement progressif et sélectif doit démarrer dès que possible. Mais disons-le aussi cette musique est souvent jouée par ceux qui ne connaissent aucun malade de 65 ans se battant dans un service de réanimation débordé (l'âge moyen des personnes en réanimation pour un Covid-19 en Ile de France est légèrement au-dessus de  58 ans). De surcroît, personne n'ira retravailler si la sécurité sanitaire n'est pas assurée.

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