L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ___« Les Echos » publient ce matin une enquête sur les salaires des cadres en 2009. Aucun ralentissement n’est prévu, au contraire. C’est une enquête annuelle de Cegos, un cabinet de conseil aux entreprises. Elle a été réalisée auprès de 160 responsables des ressources humaines de grands groupes et de grosses PME, qui emploient, au total, 250.000 salariés dont 65.000 cadres. C’est donc sérieux. Dernière précision, ces DRH ont été interrogés il y a quelques semaines, mais les choses n’ont pas changé depuis. La conclusion est en effet intéressante. Les entreprises prévoient une augmentation assez significative des enveloppes pour les cadres, de 3,7% en moyenne. C’est plus que cette année, + 3,6%, et encore un peu plus que ce qui a été distribué l’an dernier, + 3,4%. Voilà le premier enseignement de l’étude. Le deuxième est aussi significatif. Après avoir quasiment disparu, les augmentations générales, pour toute la population cadre, reviennent au galop. En 2005, il n’y en avait que dans une entreprise sur quatre. Aujourd’hui, c’est un peu plus d’une sur deux. Quand il n’y a pas d’augmentation générale, cela veut dire que les salariés doivent compter sur un coup de pouce individuel, personnel. Une partie des cadres n’ont donc rien. Voilà pour le constat. En pleine crise, on pouvait s’attendre à une pause dans les salaires, pas à une hausse. Tous les jours, il y a la confirmation que la conjoncture est dure, avec des restructurations. Logiquement, on pouvait imaginer que les entreprises, qui licencient des cols bleus et des cols blancs, serrent la vis salariale de ceux qui conservent leur emploi. Eh bien non. Plusieurs explications à cela. D’abord, les entreprises constatent que le climat social interne n’est souvent pas bon. L’inquiétude sur le pouvoir d’achat est née au moment où l’inflation explosait, l’été dernier. Depuis, elle n’a pas diminué. Les cadres ont vu les rémunérations des dirigeants grimper, ils ont vu celles de la finance, et en plus leur portefeuille boursier s’est aplati. Du coup, il y a du mécontentement. Un sur deux juge que son pouvoir d’achat a reculé cette année. Autre élément, pendant la crise, il y a quand même de la concurrence et il faut garder les meilleurs éléments pour la reprise qui arrivera bien un jour. Mais la crise économique n’est pas sans conséquence. Elle a deux conséquences précises. La première est que la hausse des enveloppes salariales de plus de 3,5% en 2008 et 2009 concerne les cadres, ceux qui sont en place dans l’entreprise. Cela n’est pas contradictoire avec une baisse des effectifs cadre. On chouchoute ceux qui sont là. Second changement, les salaires d’embauche des jeunes cadres vont diminuer. Ils ont déjà fléchi de 15% dans certains secteurs. Conclusion. D’abord les insiders, ceux qui sont en place, sont toujours gagnants par rapport aux outsiders, ceux qui veulent entrer sur le marché économique ou qui en sortent. Ensuite, les PME, avec le retournement de l’emploi des cadres, vont pouvoir s’offrir des cols blancs qualifiés, sans leur proposer le package confortable des grands groupes. Enfin, si ce que disent les DRH se vérifie dans les faits, les entreprises ne sont pas dans une logique de déflation salariale qui serait mortelle pour la consommation. Il faut donc les encourager dans cette voie si elles le peuvent.

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