**Vous revenez ce matin sur le congrès de la CGT qui s’est ouvert lundi à Nantes.Oui, et je crains de prendre le contre-pied de ce que l’on entend ces derniers jours sur ce sujet. Ce qui tourne en boucle, c’est le portrait flatteur d’un syndicat qui s’est converti au réformisme et d’un secrétaire général, Bernard Thibault, qui se bat depuis dix ans pile pour imposer la ligne moderne de la négociation contre les « durs » de la centrale. Partout, c’est l’admiration qui l’emporte pour la conversion au pragmatisme. Il n’est pas interdit de penser que c’est largement exagéré. En réalité, la mutation de la CGT, qui ne dirait plus toujours « non » et accepterait de discuter avec le patronat et les pouvoirs publics, cette mutation serait un événement considérable si ce changement, s’agissant d’un syndicat longtemps proche du parti communiste, n’avait pas déjà eu lieu il y a plus de vingt ans chez ses homologues d’Italie et d’Espagne. Pour l’histoire sociale française, c’est un changement. En Europe, c’est monter dans un train qui roule depuis longtemps. C’est le premier point. Le second consiste à regarder de près la profondeur de cette mutation. C’est-à-dire ?Depuis toujours, la CGT refuse de signer des accords au niveau national avec le patronat pour ne pas se compromettre, laissant aux autres syndicats le soin de faire évoluer les règles sociales. Signe-t-elle désormais beaucoup d’accords ? En fait, un peu plus mais sur la pointe des pieds. En juillet, elle a refusé de ratifier celui très favorable aux salariés qui étendait le chômage partiel. Elle n’a signé en novembre qu’une sorte d’avenant parce qu’il était ultra technique. Qu’en est-il, ensuite, des combats sociaux ? C’est vrai, en dehors de quelques violences, il n’y a pas eu d’embrasement pendant la crise, les syndicats ont fait preuve de responsabilité. Tant mieux. Mais c’est ce qui s’est passé partout dans le monde. Enfin, avant la crise, la CGT a suffisamment montré ses muscles pour obtenir de Nicolas Sarkozy, son meilleur ennemi, une réforme a minima des régimes spéciaux de retraite dans les entreprises publiques. Une réforme qui coûtera peut-être plus cher qu’elle ne rapporte et des régimes qui n’existent nulle part ailleurs. Chapeau l’artiste, aurait-on envie de dire à Bernard Thibault si le coût n’en était pas supporté par le Budget de l’Etat. Quel est le prochain test pour cette nouvelle CGT ?Bien sûr la réforme des retraites. Au gouvernement, on susurre que cajoler la CGT permettra au pays de ne pas être paralysé en 2010 quand l’âge de la retraite sera repoussé, comme partout ailleurs et à cause de l’augmentation de l’espérance de vie. Mais il suffit d’avoir lu le discours prononcé lundi par Bernard Thibault pour voir que la bagarre sera extrêmement rude et que la porte de la négociation n’est pas vraiment ouverte. Cela dit, il y a aussi des tests plus immédiats. A partir de demain, un million de franciliens vont être gênés par la grève illimitée annoncée sur la ligne A du RER, grève qui porte sur l’octroi d’une prime pour les conducteurs. Et à partir de vendredi, le trafic de la SNCF sera perturbé par une grève contre, je cite, les « réorganisations ». Dans les deux cas, la CGT est en pointe. Dans les deux cas, ces méthodes là fleurent légèrement le corporatisme. Oui, la CGT bouge, c’est incontestable. Mais elle a encore une marge d’évolution.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.