Le ministère du Travail a publié hier des données qui montrent que la part des CDD (contrats à durée déterminée) dans les embauches continue de grimper. Est-ce que cela va s’arrêter un jour ?

Non, tant que la croissance ne reviendra pas. Alors, les chiffres sont frappants et ils méritent vraiment d’être expliqués. 84% des embauches dans le secteur privé se font en CDD, plus de huit sur dix, et l’on passe même à plus de neuf sur dix en tenant compte de l’intérim. C’est quinze points de plus qu’avant le début de la crise de 2008, et cela touche les cadres comme les employés et ouvriers. C’est l’indicateur clé de la précarité sur le marché de l’emploi.

C’est un chiffre qui fait peur, mais attention -dites-vous- à ne pas en rajouter dans la sinistrose.

Attention de ne pas confondre embauches et emplois. Neuf embauches sur dix se font sous contrat court, CDD ou intérim, cela ne veut pas dire que neuf emplois sur dix sont précaires. C’est évident, mais il faut quand même le redire. Quand on regarde l’ensemble des salariés des entreprises à un moment donné, par exemple là en ce moment précis à 7 heures 21, on voit que –heureusement- la majorité est bien en contrat à durée indéterminée, en CDI. Presque neuf sur dix là aussi et, plus important encore, c’est relativement stable au fil du temps.

Comment s’explique ce paradoxe ?

Le marché de l’emploi fonctionne comme un tourniquet. Derrière le tourniquet, il y a une porte. Quand vous passez le tourniquet, ou vous passez la porte ou vous repartez dans le tourniquet. En période de croissance zéro, beaucoup de jeunes, de seniors, et ceux qui perdent leur emploi, tournent indéfiniment dans le tourniquet, ils n’arrivent pas à passer la porte pour rejoindre ceux qui sont au chaud dans leur CDI, avec des salaires qui progressent correctement ; ils enchaînent les missions, les contrats courts. Une partie, heureusement, passe la porte, mais cela met du temps. Elément parlant : c’est seulement à partir de trente ans que plus de la moitié des jeunes sont en CDI. Il y a bien deux marchés du travail.

La conclusion n’est-elle pas que la flexibilité ne marche pas ? Il y a beaucoup de contrats courts, mais aussi beaucoup de chômage.

C’est l’argument massue pour dire non à toute réflexion sur l’évolution des règles des marchés du travail. Mais il y a une autre analyse possible : pourquoi les entreprises bloquent-elles la porte et font-elles tourner le tourniquet pour toujours les mêmes ? C’est parce qu’elles pensent que les règles sont trop lourdes, qu’elles ne pourront pas ajuster leurs effectifs si la situation va moins bien. Les procédures de licenciements, les prud’hommes, les stressent. On peut leur dire : vous avez tort, mais cela leur fait une belle jambe. On peut taxer les CDD, cela a été fait l’an dernier, mais cela ne change rien. C’est pour cela qu’une réflexion sur notre droit du travail est inévitable. Pour que cesse ce qu’on appelle depuis 20 ans la scandaleuse préférence française pour le chômage.

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