Dix pays européens ont fait hier un pas vers la création d’une taxe sur les transactions financières. Mais est-ce un pas en avant ?

Non, c’est un pas sur le côté et on prend le pari, ici, que de l'eau coulera encore sous les ponts avant qu’elle voit le jour. Bien sûr ces pays européens, dont la France et l’Allemagne, se sont redits favorables, la main sur le cœur, à cette taxe qui pourrait financer la lutte contre le réchauffement climatique. Mais pour aussitôt se donner six mois de plus, pour en décider les modalités. En fait, cela fait quatre ans que l’on en parle - c’est Nicolas Sarkozy qui l’a évoquée la première fois, François Hollande continue - mais on n’a pas vraiment avancé. Alors que la fenêtre de tir était évidente avec la conférence sur le climat et l’aide aux pays pauvres, ce énième report montre les difficultés de l’affaire. Car au-delà de l'idée sympathique, elle est quasi-impossible à mettre en œuvre.

C’est-à-dire ?

Sur le papier, ralentir les flux financiers et prendre de l'argent à un monde qui a si mauvaise presse et un niveau de vie plus élevé que l'économie réelle est tellement tentant ! Mais en réalité, c’est la même chose que pour la lutte contre le secret bancaire : monter au front tout seul, sans les principales places financières mondiales, aura un effet immédiat. En un centième de seconde, les flux quitteront le continent et en un mois les principales banques françaises ou allemandes auront déplacé leurs activités de marché vers Londres. La Suède a essayé dans les années 80 avant de renoncer. En revanche, si un accord international se faisait, la donne changerait. Mais on n'en est pas là.

Donc, il faut trouver d’autres sources de financement pour le climat ?

Oui, parce que les pays qui subissent les dégâts du réchauffement doivent être aidés, ce sont des victimes. Les 100 milliards par an dont on parle ne représentent que peu de choses par rapport aux 50.000 milliards de PIB cumulé des pays riches. Mais la voie d’une taxe sur le carbone est à court terme plus réaliste que celle sur les transactions financières et on ne comprend pas pourquoi les ONG s'arc-boutent sur cette chimère plutôt que de mener ce combat-là.

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