Jérôme Cahuzac a donc été condamné hier à trois ans de prison ferme et il a fait appel.

Oui, et il possible qu’une partie de la France ait pensé en apprenant cela à 11 heures 08 : ouf, la justice est passée, même si elle passe durement. Disons-le tout de suite : ce jugement est exemplaire et, plus encore, utile. On a conscience que s’exprimer ainsi peut avoir les apparences de la démagogie, voire du populisme. On sait aussi qu’une cour d’appel décidera peut-être qu’en droit, la sanction est trop lourde ou qu’elle jugera peut-être que la justice ne doit pas vivre au rythme de l’émotion publique. Parce que, oui c’est vrai, la sanction est inhabituelle. Tout cela, on le sait. Mais cette peine, la plus lourde prononcée contre un responsable politique depuis longtemps, marque des limites dans une période de défiance historique vis-à-vis de toutes les élites quelles qu’elles soient. Quelqu’un qui a été député, président de la commission des finances de l’Assemblée, ministre du Budget, donc des impôts, ne peut pas mentir les yeux dans les yeux pendant quatre mois sur l’existence de comptes en Suisse et sur l’île de Man pour dissimuler les bénéfices de sa clinique d’implants capillaires. Sur une ligne finalement assez anglo-saxonne, c’est le parjure qui est au fond condamné le plus lourdement.

Et au-delà ?

Au-delà, le jugement indique dans les faits qu’il n’y a pas de différence entre la délinquance de droit commun et la délinquance en col blanc. La seconde n’échappe pas à la sanction morale et réelle, y compris avec de la privation de liberté, quand la première serait la seule à être punie. Au-delà, le poste que Jérôme Cahuzac occupait, le ministère du Budget, a donné une portée inouïe au scandale. La France a été la risée du monde entier et chaque contribuable s’est senti floué. Bien sûr, les plus cyniques penseront qu’un ministre du Budget qui cache de l’argent en Suisse est bien la preuve éclatante que le système fiscal est confiscatoire. Mais cette tentation doit évidemment être écartée. Car l’essentiel est ailleurs. L’essentiel est d’être convaincu qu’un Cahuzac malhonnête n’est pas la pointe émergée de l’iceberg d’une classe politique et économique corrompue et dissimulatrice. Il est seulement un fraudeur heureusement pincé au milieu d’une classe politique et économique dans la grande majorité tout à fait honnête. CQFD.

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