L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __L’Elysée et le gouvernement vont annoncer aujourd’hui un plan d’aide aux constructeurs automobiles. Lundi dernier, était présenté un plan de soutien à l’activité, cette fois c’est un plan de secours. A cause de la crise financière, les constructeurs automobiles, PSA et Renault, sont aujourd’hui en difficulté. Pour deux raisons. En premier lieu, personne ne veut leur prêter de l’argent parce que c’est considéré comme un secteur à risque, alors qu’ils en ont besoin en permanence. Pour leur trésorerie, le paiement de leurs fournisseurs, parce que les voitures stockées devant les usines leur coûtent mais ne leur rapportent rien. En second lieu, même si la baisse de leurs ventes n’est pas considérable, leurs usines sont dimensionnées pour une production de voitures nettement supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui. En clair, il y a des surcapacités. PSA et Renault ont donc besoin d’argent, pour poursuivre leur activité. Voilà pourquoi l’Elysée et Bercy, qui ont travaillé une partie du week-end sur ce plan, devraient annoncer aujourd’hui un prêt d’environ 6 milliards d'euros aux deux constructeurs. Cette aide sera-t-elle assortie de conditions ? D’abord, de quelle aide s’agit-il ? Sur 5 ans, 3 milliards pour PSA-Citroën, 3 milliards pour Renault. Cette somme sera prêtée à un taux de 6 à 7%. Mais le point le plus discuté a porté sur les conditions de cette aide. Si Renault, dont l’Etat contrôle 15% du capital, a l’habitude de discuter avec lui, pour Peugeot, c’est une vraie révolution. Le gouvernement, et il a raison, considère que quand on fait la prime à la casse, quand on prête 6 milliards, quand on se prépare à supprimer la taxe professionnelle qui concerne de près les constructeurs, on peut être exigeant. La principale contrepartie, c’est un droit de regard sur les plans sociaux, c’est aussi un coup de frein aux délocalisations. Deuxième point, la distribution des dividendes devra être modérée et l’Etat regardera de près les bonus des dirigeants, Carlos Ghosn ou Christian Streiff. Trois : des engagements devront être pris envers les sous-traitants. En fait, chaque décision industrielle sera regardée par l’Etat. Un exemple : le choix du lieu d’installation du site de recherche et de production d’un véhicule électrique. On hésite entre Saclay, Grenoble ou Flins. Cette méthode du donnant-donnant se généralise. C’est le plus intéressant. On le voit dans la banque, avec Obama qui plafonne les salaires des dirigeants, ou les Etats qui exigent, en France et en Grande-Bretagne, que les revenus des traders soient encadrés. On le voit dans l’automobile. La question est de savoir jusqu’où va le donnant-donnant : l’Etat n’est pas un stratège automobile. Dans « Les Echos », Martin Hirsch, le haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse, va plus loin encore. Il veut conditionner les allégements de charges sociales des entreprises à la réduction des écarts de salaires entre les 10% les mieux payés et les 10% les moins payés. Une suggestion quand même : puisque le donnant-donnant s’étend, qu’il fonctionne à tous les niveaux ! Les contribuables espèrent que les Etats, qui n’ont rien empêché et agissent chacun de leur côté, se mettent d’accord entre eux pour réformer le système international. Sinon, le donnant-donnant se finira en perdant–perdant.

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