Contrairement à ce que craignaient certains dirigeants européens, il n’y a pas eu de grosses turbulences, hier, sur les dettes de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal ou d’autres pays. La journée a été plutôt calme, la Bourse de Paris a remonté, Wall Street a baissé, mais rien d’extraordinaire – les marchés attendent le conseil européen de jeudi. Les marchés sont tout de même restés sous tension. L’indicateur qui permet de le voir, c’est le cours des CDS, les crédits default swap, en clair le coût d’une assurance contre le défaut d’un Etat. Le prix de cette assurance a encore grimpé pour les trois pays que je mentionnais à l’instant. En fait, ces trois pays ont surtout profité de ce répit pour mener la contre-offensive, pour essayer de gagner la bataille de l’opinion. C’est un peu le cas de la Grèce. Mais c’est surtout le cas de l’Espagne… Et c’est le plus intéressant…Exactement. Parce que c’est la quatrième économie de la zone euro. Les Espagnols font campagne. La semaine dernière, ils avaient acheté des pages de publicité dans la presse internationale avec : « In Spain We trust ». Un cran plus haut, le secrétaire d’Etat à l’économie est allé hier à Londres pour rencontrer les investisseurs, faire ce qu’on appelle un « roadshow ». Aujourd’hui, il sera à Paris. Une autre ministre espagnole est allée aussi à Londres, pour rencontrer les journalistes du « Financial Times », la bible des affaires. Pourquoi le FT ? Parce que les pays du Sud sont persuadés qu’ils sont victimes d’une sorte de racisme financier de la part des anglo-saxons. Sur le fond, les Espagnols disent 1 – que leur déficit public n’est pas pire que ceux des Américains et des Britanniques 2 – qu’ils ont annoncé un plan de rigueur et 3 – qu’ils ont de la marge sur la dette. C’est convaincant ? L’idée que l’Espagne fasse faillite, ne paie plus ses dettes, est farfelue. En revanche, la question est de savoir à quel taux elle va emprunter les 200 milliards d’euros dont elle a besoin. Ce qui est vrai aussi, c’est que la situation économique est grave, 4 millions de chômeurs, une récession qui continue, et surtout un modèle économique qui va, qui doit basculer. Le miracle espagnol, c’était une bulle assise sur de l’immobilier, une bulle qui a éclaté. Donc, il faut reconstruire un modèle. Mais l’Espagne a des atouts, notamment son système bancaire. Tout ça, on le sait. Mais il y a autre chose que l’on sait moins… Et qui est ? Le plus intéressant dans cette histoire, qui dit la faille de l’euro au-delà de l’Espagne, c’est que depuis des années les dirigeants européens avertissaient Madrid des dangers de son « tout immobilier ». Ils le disaient au sein de ce que l’on appelle l’Eurogroupe. Mais ils le disaient entre quatre yeux parce qu’il n’a jamais été question de donner publiquement, collectivement, des avis, des conseils sur la stratégie économique. Fixer des règles de bon père de famille sur les déficits, OK, mais pas plus. Parce que la stratégie, c’est la souveraineté. C’est ça qui va changer sous la pression. Mais c’est un débat lourd parce que seuls les Etats fédérés ou en faillite sont obligés de rendre des comptes.

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