Ce matin, vous revenez sur le rapport annuel publié hier par la Cour des comptes. Oui, pour relever un aspect nouveau de ce rendez-vous annuel : la Cour, qui est payée pour surveiller la gestion des finances publiques, avance des propositions concrètes pour redresser le tir. Naturellement, le diagnostic sur la situation actuelle est intéressant. Avant la présidentielle, l’avertissement aux candidats est clair. Oui, le déficit baisse, mais non, cela ne suffit pas. Pour schématiser, la Cour dit à la droite : vous vous êtes convertis à la rigueur, mais pas assez et avec trop de hausses d’impôts ; et elle dit à la gauche : la vraie priorité, ce sont les économies dans les dépenses. François Hollande, on le sait, propose un tour de vis fiscal. Mais la Cour, on y arrive, consacre aussi des pages à ce qu’il faudrait faire. Et là, on va voir si l’opinion, qui aime le sérieux de la Cour en général, apprécie ses suggestions en détail.Vous avez compté dix propositions très concrètes ! Aucune n’est insignifiante. Les magistrats recommandent de poursuivre le gel du point de la fonction publique (pas d’augmentation générale) ; ils souhaitent que les collectivités locales se calment sur les dépenses ; la désindexation des retraites par rapport aux prix ; la baisse des prix des médicaments (cela concerne l’industrie pharmaceutique) ; de nouveaux déremboursements de médicaments (cela concerne les patients) ; la baisse des honoraires médicaux (des médecins) ; Elle suggère une redistribution verticale des prestations : traduit, cela veut dire qu’elle réclame la fiscalisation, par exemple, des allocations familiales ou leur mise sous condition de ressources ; la Cour se prononce - page 57 - pour la poursuite du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux ; elle juge nécessaire la suppression de 15 milliards d’euros de niches fiscales et dit oui à la TVA sociale. Bref, pour parler trivialement, c’est du lourd.Mais la Cour des comptes est-elle légitime sur ce terrain ? Elle est légitime parce que cela fait dix ans, Didier Migaud (venu de la gauche) après Philippe Séguin (venu de la droite), qu’elle tire la sonnette d’alarme. Çà la démange de dire : les demi-mesures ne suffisent plus, le temps est churchillien. En même temps, ces recommandations illustrent bien l’écart qui sépare les experts – et les commentateurs - des responsables politiques. Le candidat qui voudrait se faire élire sur ce programme n’est pas né ! Cela dit, sur le fond, la Cour manque d’imagination. Je m’explique : demander le gel des retraites touche tout le monde, les moins aisés comme les plus aisés ; il vaut mieux supprimer des mesures inefficaces que raboter.Dernier élément, la Cour s’offre un petit plaisir… Elle tacle l’autre donneur de leçons de rigueur qu’est la Banque de France. Elle lui reproche d’avoir des effectifs trop nombreux alors que la politique monétaire est partie à la BCE : 13.000 agents, bien plus que la Banque d’Angleterre qui, elle, commande sa monnaie. Faites ce que je dis, ne dites pas ce que je fais !

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