Les Echos, votre journal, fait sa Une sur les 56 milliards d’euros que les entreprises du CAC 40 ont versés à leurs actionnaires l’an dernier.

C’est un chiffre choc, qui va susciter un débat, et qui vaut la peine d’être décortiqué. Pour voir ce qui mérite d’être critiqué ou pas. Le chiffre, 56 milliards, comprend les dividendes et les rachats d’actions. C’est un montant en hausse, presque aussi élevé qu’en 2007. Avec une précision utile : ce chiffre est biaisé par deux opérations exceptionnelles, le règlement du litige LVMH-Hermès et le rachat par L’Oréal de ses actions détenues par Nestlé. Sans ces opérations, on serait dix milliards plus bas. Autre précision intéressante je crois : six sociétés versent la moitié des dividendes : Total, Sanofi, GDF Suez, EDF, Orange et BNP Paribas. Il y a donc trente-quatre autres pour qui c’est « plus modeste ».

Première question : un montant pareil est-il hors normes ?

Le chiffre total est énorme. Mais énorme par rapport à quoi ? Les entreprises du CAC 40, ce sont cinq millions de salariés, et un chiffre d’affaires de 1.300 milliards d’euros, équivalent au total des dépenses publiques en France ! Activité réalisée pour plus du tiers hors d’Europe. Ces entreprises, c’est aussi une valeur en Bourse du même ordre, et ce qui est versé aux actionnaires, la rémunération du capital, représente dès lors 5% de ce capital. Plus que le Livret A, l’assurance-vie ou le rendement d’un appartement mis en location. Mais en contrepartie, il y a un risque, celui de ne rien toucher en cas de pertes – cela arrive. Donc, non, le montant des dividendes ne dit pas s’il y a un problème ou non.

Autre critique entendue, trop aux actionnaires, pas assez à l’investissement : est-ce justifié ?

Là, oui, probablement – encore que. Les grandes entreprises reversent à leurs actionnaires la moitié ou plus de leurs résultats, davantage qu’il y a quelques années. Consacrent-elles suffisamment d’argent à leurs investissements ? L’an dernier, le numéro un mondial de la gestion d’actifs financiers, l’américain BlackRock, avait tiré la sonnette d’alarme : pas assez d’investissements. Si on regarde près les comptes du CAC40, on constate que les entreprises investissent en recherche, en maintien à niveau de leurs outils etc. entre 80 et 90 milliards d’euros chaque année. Mais oui, cette question mérite d’être posée et creusée.

Mais le vrai problème, selon vous, est que ces dividendes ne restent pas en France.

Bien avant le niveau des dividendes, ce qui devrait scandaliser chez nous est que cet argent est versé pour plus de la moitié à des actionnaires étrangers. Pourquoi ? Parce que tout a été fait pour décourager les Français de devenir actionnaires. Notamment la fiscalité, très élevée. Tout est fait pour encourager l’achat d’obligations d’Etat ou d’assurance-vie pour financer le déficit. Culturellement, la France n’aime pas les actionnaires, mais ce sont donc chaque année des dizaines de milliards d’euros qui vont arroser d’autres terres et économies.

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